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CLAIR TISSEUR 253 grand talent; c'était aussi le dernier représentant de ce groupe littéraire, qui s'était formé à Lyon, il y a quelque cinquante ans, et dont il nous a retracé l'histoire à plusieurs reprises. Ce qu'il fut, on peut l'exprimer en quelques mots : Architecte habile, écrivain plein de goût et d'humour, philologue d'une érudition profonde, poète d'un haut vol et, par dessus tout, homme d'esprit. Oui, homme d'esprit, et non seulement dans ses études de moeurs, mais même dans la pratique de son art, même dans ses travaux philologiques, c'est-à -dire ce qui, d'ordinaire, offre le moins de charme au commun des lecteurs. Qu'est-ce, en effet, que l'esprit, sinon le contraire de la banalité ? Et qui donc eut plus que lui horreur de ce qui est vulgaire et banal? Ainsi le voyons-nous, dans ses travaux d'architecture,donner aux formes traditionnelles un caractère particulier, qui distingue son oeuvre de celle de tous ceux qui n'ont fait que copier servilement l'art du Moyen âge. Ainsi en est-il notamment de l'église du Bon- Pasteur, où il sut mêler, avec autant de goût que de mesure, certains détails d'ornementation empruntés à l'école poite- vine. Ainsi de même de l'église de Sainte-Blandine, où il lui suffit de quelques légères innovations qui lui sont propres, pour donner au monument cette grâce et cette élégance qu'admirent tous les connaisseurs. Et ce que nous disons de ces deux monuments, nous pourrions le dire aussi de toutes les autres églises qu'il a élevées dans la campagne lyonnaise. Voilà l'esprit dans l'art. Et, quant au philologue, qui donc est parvenu, comme lui, à faire lire, du commencement à la fin, tout un Dictionnaire, comme il en a été de son Dictionnaire du patois lyonnais, et mieux encore de ce Voca- N w 3. — Septembre 189J, 10