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400 F.-R. DE LA MENNA1S. Tout être qui prétend porter en lui-même un principe, qu'on le sache bien ! ne le porte pas impunément. Et, voilà pourquoi le philosophe rationaliste et le protestant, devenus hommes d'État, sont impuissants à faire de la tradition et de l'autorité véritables ; voilà pourquoi les peuples travaillés de cette double maladie de l'esprit et de l'âme, pourquoi les peuples en qui est conservé et fermente le levain révolutionnaire, sont im- puissants à réaliser la conservation héréditaire et à fonder des institutions durables. « Le principe entraîne.» Ces hommes et ces peuples, qui veulent ainsi associer en eux le oui et le non, le vrai et le faux, sont comme le royaume di- visé de l'Évangile : il faut qu'ils périssent ; il faut qu'ils descen- dent au plus bas de leur erreur, à cette profondeur où l'on se rit de la vérité blasphémée, jusqu'à ce qu'on tombe dans cette torpeur maladive du scepticisme et du dégoût suprême, qui précède la pire des morts, la mort spirituelle. Tel tu as fini, malheureux la Mennais ; tel, laissant sur ta tombe sans pleurs ce mot lugubre que tu avais placé toi-même au front de ta première œuvre : L'Impie lorsqu'il est arrivé au fond de l'abîme, méprise (1); tel, dis-je, tu resteras comme le plus mémorable exemple, et le plus déploré, des ravages que peut exercer le venin d'un faux principe dans les esprits les plus énergiques et les cœurs les plus hauts!... Quant à ton âme, que Dieu seul la juge !.. Qui sait, d'ailleurs, ce que peuvent peser dans la balance des compensations divi- nes, tant de grandes pensées, tant de nobles sentiments, inspi- rés par toi à tes frères, et, toujours vivants dans tes œuvres premières pour étendre le règne de Dieu et célébrer sa gloire ?... Ce ministère de vérité et d'amour a persisté malgré toi, et in- tercède pour toi!... (1) Impius cura in profundum vcnerit, contcmnil. Epigraphe de l'Essai sur l'indifférence.