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F.-K. DE LA MENNAIS. 391
leur cœur pour payer à Dieu le tribut parfait et entier d'une
foi raisonnable et d'œuvres vraiment spirituelles , en un mot,
quant aux chrétiens de toutes pièces, c'est-à -dire également
convaincus et enflammés pour les choses saintes, ils étaient
rares comme les fruits sur les arbres après une tempête. Les
choses de la Religion, si habilement reléguées par ses ennemis
dans l'enceinte des temples, étaient tellement isolées des choses
de la science qu'elles scandalisaient par leur simplicité et leur
humilité apparentes l'orgueil des esprits, jetés avec passion dans
les voies d'une science devenue si fascinatrice par l'audace de ses
allures et l'absolu de ses prétentions.
Quoi d'étonnant alors que la pensée vînt à l'un des plus fiers
croyants de ce temps, que ce serait relever la foi d'une véritable
déchéance que de démontrer scientifiquement sa rationalité, et
asseoir ses vérités les plus mystérieuses sur les propres bases
d'une plus saine philosophie humaine ? En un temps de si grand
orgueil philosophique et scientifique, cette pensée devait sourire
aux esprits même les plus dévoués à la vérité chrétienne. Que
dis-je ? elle devait surgir, d'elle-même, et comme à leur insu,
dans toutes les fortes intelligences. Que de Titans depuis Atlas ont
cru leurs épaules de force à porter le Ciel ! Or, il était dans les
destinées de la philosophie épicurienne, au milieu de nous , que
cet effort fût tenté à son déclin de même qu'à son commence-
ment. Comme réagit d'abord Descartes contre Montaigne et
même Gassendi, ainsi réagit plus tard l'abbé de la Mennais
contre Locke et Condillac. Ces deux réactions eurent même ca-
ractère et même loyauté originels. Leurs auteurs, tous les deux,
voulurent, en effet, en finir au nom de la raison humaine , l'un
avec le libéralisme irréligieux, l'autre avec l'irréligion libertine.
Mais tous deux, quoique par des moyens divers, firent arriver les
esprits à des résultats également néfastes, parce que ce n'était pas
dans les moyens que chacun choisissait qu'était le danger, mais
dans le milieu trop purement humain où chacun de ces philo-
sophes entendait les employer.
La philosophie strictement cartésienne , n'avait pas dû sé-
duire l'abbé de la Mennais ; car il pouvait la juger à ses œuvres,