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378 LES NOUVELLES CONSTRUCTIONS
En vérité , je suis étonné que , malgré l'envahissement des
habitudes de bourse et de luxe , le commerce de notre ville
ait conservé un assez beau renom d'honnêteté pour être
justement couvert de ridicule par les raffinés de progrès et
de civilisation. Ces messieurs s'efforcent chaque jour de faire
de la France une nation qui ne se réglera plus que par la
tête , et repoussera toutes les saines pensées dont l'origine
est dans les facultés affectives du cœur. Par compensation ,
il y aura un immense mouvement ; les fortunes s'élèveront
aussi vite qu'elles se détruiront ; les hommes, partisans d'une
existence calme et modérée, seront déclarés citoyens inu-
tiles ; si Horace subsiste encore, on supprimera dans les
nouvelles éditions le beatus Me qui procul negotiis ; et la
vie sera tellement remplie d'événements , qu'à trente ans
on arrivera a l'âge de la décrépitude. On vivra en chemin
de fer.
Quoi qu'il en soit, malgré notre esprit routinier, malgré
notre attachement au vieux Fourvières, la colline s'est trans-
formée , et tout fait pressentir un changement bien plus ra-
dical. Il faut en prendre notre parti.
Acceptons donc ce qui a été fait. Je me permettrai cepen-
dant d'exprimer mon opinion sur ce qui existe , et de donner
quelques conseils sur les projets à venir. Je regrette beaucoup
que les Jésuites n'aient pas imprimé plus de caractère à leur
grand bâtiment. L'étranger, qui n'en connaît pas la destina-
tion , ne dira jamais en le voyant pour la première fois : voici
un établissement religieux , un couvent. On pouvait , ce me
semble , facilement indiquer le but, en profilant naturelle-
ment de la nécessité où se trouvent les Pères d'avoir une
chapelle. Cet Oratoire , placé ostensiblement a l'extérieur,
serait devenu une étiquette parlant à tous les yeux. En outre,
c'eût été un prétexte très-rationnel d'embellissement ; les
idées pittoresques d'un architecte pouvaient y trouver un