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256 DE LA VILLE DE VIENNE.
que Monseigneur Le Franc de Pompignan venait lui faire
visite ; le professeur se leva brusquement pour réparer le
désordre qui régnait dans son modeste asile; il jeta un coup-
d'œil d'inquiétude autour de lui : il aperçut sur sa cheminée
les bustes de Voltaire et de Rousseau. Le pauvre homme se
crut perdu, il était atteint et convaincu du crime de philo-
sophie , et comme il était arrivé depuis peu de la Thuringe,
sa patrie, il se voyait déjà , par l'influence de l'archevêque,
chassé honteusement de Vienne comme un homme dange-
reux ; aussi, son premier mouvement fut-il de faire dispa-
raître le corps du délit. Il avait déjà mis en sûreté le buste de
Jean-Jacques, et il se précipitait sur celui de Voltaire, lorsque
le Primat, las d'attendre, pénétrait dans le cabinet, et aper-
cevant l'embarras de M. Schneider , qui s'efforçait de cacher
sous son habit la malencontreuse figure de plâtre, il lui dit
en souriant : « Mon cher professeur, laissez-le à sa place,
vous savez bien que je ne le crains pas. »
« Ces quelques mots, disait M. Schneider, peignaient ad-
mirablement l'archevêque, qui était d'une grande affabilité,
tout eu conservant sur son visage et dans son port un air
digne et majestueux. » Quoiqu'ennemi des philosophes et
fervent catholique, il était ce qu'on appelle aujourd'hui un
homme avancé et professant des idées très-libérales. Et,
comme s'il eût été écrit que les archevêques de Vienne de-
vaient, jusqu'au dernier, exercer un pouvoir temporel, Le
Franc, on ne l'a pas oublié, présida avec éclat les Etals de
Romans , fut député à la Constituante et devint ministre de
la feuille des bénéfices.
Mermet rend justice à cet homme célèbre dans notre his-
toire, il en parle longuement et bien, c'est ce qui m'a rendu
difficile sans doute, pour ce qui regarde Philippe—le—Bel,
Lesdiguières et le baron des Adrets.
Sans doute, l'histoire d'une ville de province ne doit pas