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DE LA POSSESSION ANNALE. 201
dites (page 75). » L'an et jour perdit son influence, sous le rap-
port de l'acquisition du droit de propriété, au fur et à mesure
que s'établit, comme dans l'ancien Coutumier de Normandie, la
distinction entre le pie*, de la propriété et leplet de la possession.
Aussi, dans les usages du XIIIe siècle, retracés par les coutumes
et établissements de cette province, voit-on la tradition de l'an et
jour gravement modifiée par la possession ou sezine, du dernier
ou de l'avant dernier aost, possession qui s'acquérait par la levée
d'une moisson (1).
La possession du dernier ou de l'avant-dernier aost peut être
considérée comme le précurseur de la possession annale. C'est
rigoureusement, sauf la mesure du temps, le même principe de
possession juridique. Le délai d'un an pour fonder un droit à la
revendication possessoire fut préféré et généralement adopté,
soit parce que c'est celui pendant lequel s'accomplit la révolution
du soleil autour de la terre, phénomène frappant pour tout le
monde, soit parce que c'est le temps le plus ordinairement in-
diqué pour la perception des fruits immobiliers, soit enfin parce
qu'il était tout naturel de prendre le même délai pour servir de
fondement à la prescription provisoire de la possession, que
celui qui auparavant servait de base à la prescription définitive
de la propriété. •
La saisine alors fut séparée de l'idée de propriété , pour ne
plus exprimer qu'une idée de possession juridique. Ces deux
mots : saisine et possession, devenant synonimes, n'eurent plus
qu'une même et semblable signification. Prehendere Galli, di-
sait un jurisconsulte italien du XIIIe siècle (2), saisire dicunt.
sicut et possessionem saisinam vocant.
Bien que les Établissements de Saint Louis ne fassent aucune
mention de la possession annale, M. Charles Bruns (3) pense
il) Voir Etablissements, Coutumes et Assises de l'Echiquier de Normandie,
publiées par M. Marnier, p. 17 à 20, 125 à 156.
(2) Cino di Pistoja, qui fut le maître de Bartolc.
(3) Voir Droit de la possession dans le moyen âge et dans le temps pré-
sent. (Liv. i, eh. 65 ).