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186                           DE L'ORIGINE

   « L'existence urbaine fut non seulement restaurée, mais re-
nouvelée ; les villes acquirent la garantie d'un double état de
liberté ; elles devinrent personnes juridiques selon l'ancien droit
civil, et personnes juridiques selon le droit féodal, c'est-à-dire
qu'elles n'eurent pas simplement la faculté de gérer les intérêts
de voisinage, celle de posséder et d'aliéner, mais qu'elles ob-
tinrent de droit, dans l'enceinte de leurs murailles, la souverai-
neté que les seigneurs exerçaient sur leurs domaines
   < Les instincts novateurs de la bourgeoisie, nation nouvelle,
   >
son activité, les capitaux qu'elle accumule, sont une force qui
réagit de mille manières contre la puissance féodale des posses-
seurs du sol, et, comme aux origines de toute civilisation, le
mouvement recommence parla vie urbaine (1). »

                                    § 6.

DROIT DE PROPRIÉTÉ ET DROIT D'HÉRÉDITÉ CONSACRÉS PAU LES
         CHARTES COMMUNALES. — SAISINE DE DROIT.

   Les Chartes communales, sous une grande variété de formes,
avec des caractères plus ou moins parfaits de liberté civile et
politique, présentent les premiers éléments de notre nationalité
française, de l'histoire et de la constitution de notre société mo-
derne. Aux institutions nouvelles de liberté qu'elles établissent
en faveur des bourgeois, se joignent presque toujours les dis-
positions traditionnelles des coutumes. Sous ce double rapport,
l'étude de ces Chartes est des plus fécondes en enseignements.
   Ainsi, par sa Charte primitive de 1117, la commune d'Amiens
devient souveraine, avec droit de vie et de mort sur tous ses
membres. Son pouvoir législatif, administratif et judiciaire estdé-
légué par elle à un corps de magistrats électifs renouvelé chaque
année. La justice, ou pour mieux dire, la haute juridiction cons-
tituait, au moyen âge, l'expression puissante de la souveraineté.
Aussi, parla Charte d'Amiens, celui qui se soustrait à la justice
de la commune est puni de bannissement et sa maison est

  (1) Augustin Thierry. ESSAI sur l'histoire du Tiers-Etat, t. i, p. 26 et 30.