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                          R M EN 1853.
                           O E                                  141
Pontifical, et deux tiers par le cardinal Tosti, protecteur de cette
église et de cette communauté.
   J'ai voulu visiter le palais de la Chancellerie, où siégeait,
pendant sa courte existence, cette assemblée qui avait rêvé, non
seulement la reconstruction de l'Italie en une seule nation, mais
quelque chose de bien plus fabuleux : le rétablissement à son
profit de l'ancienne puissance romaine (l). J'ai vu, non sans
émotion, au pied du grand escalier, la dalle sur laquelle est
tombé l'infortuné Rossi et qu'il arrosait de son sang, pendant
que l'assemblée, instruite du crime, continuait froidement ses
délibérations. Cet homme d'état, qui avait consacré sa vie et
toutes ses facultés à l'indépendance de sa patrie, a succombé
sous le poignard de ceux qui se disaient plus italiens que lui.
Telle est la justice des hommes. Heureusement celle de Dieu
repose sur d'autres bases. L'histoire est là pour attester que
l'assassinat a toujours perdu les partis qui l'ont employé comme
moyen politique.
  Mais détournons nos regards de ces scènes de meurtre et de
destruction pour nous occuper de souvenirs plus agréables.
Depuis plus de trente ans je connaissais de réputation le célèbre
cardinal Angelo Mai, l'un des hommes les plus savants de l'Eu-
rope, celui qui a su faire revivre des chefs-d'œuvre de l'antiquité
que l'on croyait perdus pour jamais. Je me reprochais de n'avoir
pas, dans mon premier voyage, fait tous mes efforts pour le
connaître de plus près, ainsi que son illustre collègue, le cardinal
Mezzofanti. La mort, depuis cette époque, avait moissonné ce
dernier. Mais enfin j'ai pu me faire présenter au savant inves-


   (1) Ceci n'est point une vaine supposition comme on pourrait le croire.
Un membre de cette assemblée m'a dit ces propres paroles : « On connaît
les véritables motifs qui ont poussé la France à détruire la république ro-
maine ; c'est que l'Italie, si on l'eût laissé se reconstituer en nation, serait
devenue trop puissante. Toutes les îles de la Méditerranée et même vos
possessions d'Afrique lui seraient revenues de droit. » J'ai eu beau lui pro-
lester que personne en France n'y avait, songé, je n'ai jamais pu ébranler
sa conviction sur ce point.