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AUTOGRAPHES
ET
DOCUMENTS LITTÉRAIRES
CURIEUXOU INÉDITS.
LETTRE DE COUTHON A ST-JUST.
Ville-Affranchie , le 20 octobre l'an deux de la République une et indivisible.
Tu ne m'as pas écrit une ligne, mon ami, depuis que nous
nous sommes quittés ; je t'en veux, parce que tu m'avais promis
que, dans tous les cas d'absence, tu me donnerais de tes nou-
velles. Hérault a été plus aimable que toi ; j'ai reçu deux de
ses lettres. Tu sais , mon cher ami, que j'ai besoin pour me
consoler des maux qui m'accablent des témoignages d'intérêt
de ceux que j'estime. Dis-moi donc que tu existes, que tu te
portes bien, que tu ne m'oublies pas et je serai content.
Je vis dans un pays qui avait besoin d'être entièrement régé-
néré. Le peuple y avait été tenu si étroitement enchaîné par les
riches, qu'il ne se doutait pour ainsi dire pas de la Révolution.
Il a fallu remonter, avec lui, à l'alphabet, et quand il a sçu que
la déclaration des droits existait et qu'elle n'était pas une chi-
mère , il est devenu tout autre. Ce n'est pourtant pas encore le
peuple de Paris, ni celui du Puy-de-Dôme; il s'en faut diablement.
Je crois que l'on est stupide ici par tempérament, et que les
brouillards du Rhône et de la Saône portent dans l'atmosphère
une vapeur qui épaissit également les idées. Nous avons demandé
une colonie de jacobins dont les efforts, réunis aux nôtres, don-