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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE, 71 qu'une imposture ou une erreur. La culture n'a jamais produit de semblables changements dans les plantes le plus anciennement importées dans nos jardins botaniques. L'art n'a que deux moyens à sa disposition pour modifier les plantes : les semis et l'hybridation ; ce sont du moins ceux que vantent le plus les horti- culteurs. Or, ni l'un ni l'autre ne peut rendre raison des différences importantes qu'un œil exercé découvre dans les végétaux cultivés. La graine semée ne reproduit jamais que le type qui l'a portée ; ou si elle donne un produit différent, c'est toujours en moins ; ainsi la graine d'un fruit excel- lent ne produit souvent qu'un sauvageon. Lorsqu'une graine produit une variété , c'est qu'il y a eu hybridation fortuite. L'hybridation, en effet, fortuite ou artificielle, donne ordinairement des produits qui diffèrent des deux sujets mis en rapport, mais la différence ne se montre que dans des caractères tout à fait accidentels, dans la couleur par exemple ; et encore cette différence ne se maintient-elle pas par la fructification ; le type reparaît dans toute sa pureté à la première , ou tout au moins à la seconde génération ; les boutures, les greffes , les marcottes sont les seuls moyens de conserver, de multiplier les variétés obtenues par l'hybridation. Mais si les diverses sortes d'arbres fruitiers, de céréales , de vigne , de légumes qu'on avait cru jusqu'à présent n'être que de simples variétés obtenues par la culture d'une espèce primitive , sont pour la plupart de véritables espèces , où faut-il chercher les types dont elles sont descen- dues ? Voici ce que répond M. Jordan à cette grave question : Quelques-uns de ces types existent sans doute encore quelque part à l'état sauvage , mais ils sont méconnus ; les caractères scientifiques des plantes cultivées dans nos jardins potagers , des arbres fruitiers en particulier n'ont point encore été assez étudiés, assez bien décrits pour qu'on puisse les rattacher sûre- ment à leur type. Le célèbre horticulteur Van de Mons , qui a livré au commerce tant de nouveaux fruits fort estimés, avoue qu'il les a obtenus de sauvageons trouvés dans les montagnes incultes des Ardennes. Il est bien possible , il est même probable que les types de plusieurs des plantes cultivées pour le besoin de l'homme n'existent plus maintenant. Si certaines espèces de céréales se sont perdues depuis même les temps historiques , des espèces végétales ont bien pu subir le même sort. Pline . dans ses Géoponiques , parle d'un fruit qui tenait le milieu entre la poire et le coing ; or, on ne connaît aujour'hui aucun fruit auquel puisse con- venir la description qu'il en donne.