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470                   MON AMI GABRIEL

qu'une grosse femme à l'air avenant parut pour prendre
leurs ordres. En un instant, le couvert se trouva mis
et M, Delprat mit en pièces les pâtés et les viandes froides
qu'on avait apportés, en attendant les œufs et le beurre
frais de la ferme. Tout le monde fit honneur à ce repas
improvisé. Nelly elle-même semblait avoir repris pour
quelques heures un peu de cette santé et de cette gaîté
juvénile qui l'avaient fui pour toujours.
   — Passerez-vous toute la saison à Salins ? lui de-
manda Gabriel.
   — C'est probable. Les médecins prétendent que l'air
des villes m'est funeste. J'ai une santé déplorable, com-
me vous pourrez le voir. Je resterai peut-être jusqu'en
juillet, jusqu'en août... En somme, je ne sais pas bien :
je suis variable comme ma santé... Partez-vous dans
 quelques semaines ?
    — Cela dépendra du sort qui me sera fait.
   — Quoi qu'il en soit, mon cher substitut, interrompit
M. Delprat entre deux bouchées, nous vous retiendrons
 au préjudice de votre oncle, aussi longtemps qu'il faudra
pour que Mme de Sérona puisse admirer nos sites les
 plus pittoresques.
   — Je suis tout à votre disposition, répondit Gabriel,
et de grand cœur.
   — Merci, monsieur ! ajouta Nelly. Vous êtes trop bon
de sacrifier vos courtes vacances aux fantaisies d'une
malade....
   A ce moment, la porte de la salle s'ouvrit pour donner
passage à trois hommes d'aspect un peu sauvage, chaussés
de grosses bottes et armés de carabines et de forts bâtons
de buis : c'étaient des douaniers qui revenaient de leur
tournée dans la montagne. Ils saluèrent et s'assirent
autour d'une table voisine.