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MON AMI GABRIEL 471
. — Ces messieurs, dit l'un d'eux après un peu d'hési-
tation, comptent sans doute rentrer ce soir à Salins ?
—Certainement, répondit M. Delprat que cette question
étonnait.
— En ce cas, reprit le douanier, il faut-partir sans
retard, car un orage s'avance en-haut. Nous venons nous
reposer ici jusqu'à ce qu'il ait passé.
— Je vous le disais bien! reprit M. Delprat en se
levant de table précipitamment. Et cet orage est-il loin ?
— Nous l'aurons ici dans deux heures, répondit l'un
• des hommes.
Chacun courut à la porte. Le ciel était encore pur,
mais l'atmosphère était lourde et nulle brise n'en atté-
nuait la pesanteur. Dans la cour de la ferme, les poules
étaient accroupies à l'ombre des arbres dans l'attitude
de l'accablement ; par intervalles, un grondement sourd
semblait sortir des flancs de la montagne qui se dressait
au levant.
— Le tonnerre ! dit M. Delprat. Déjà le tonnerre ! . . .
Il faut plier bagage ! . Mais nous avons le temps d'arriver
à Salins avant l'orage.
Les rustiques montures furent bientôt équipées et l'on
partit d'un bon pas.
A la sortie du bois, le soleil avait disparu derrière un
énorme rideau noir qui s'avançait tout d'une pièce. Le
vent s'était élevé tout-à -coup et soufflait avec une violence
qui rendait la marche pénible. Nelly, montée sur un âne,
regardait le nuage avec indifférence; de temps en temps,
une petite toux sèche lui échappait au milieu des obser-
vations que lui faisait son guide.
Cependant, la cîme des arbres se tordait convulsive-
ment. Un sentiment de terreur s'emparait de la nature,