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MON AMI GABRIEL 465
La nuit était close. Une tiède haleine se détachait
du flanc des montagnes et agitait légèrement le feuil-
lage, tandis que l'orchestre, sous le kiosque brillamment
illuminé, préludait à une " valse de Strauss dans un
rhythme souple et ondoyant comme les figures qu'on
voit en rêve.
Nelly, enveloppée dans une pelisss bleue, semblait
absorbée tout entière par les impressions que la mu-
sique faisait naître en elle. Le regard fixé vers la
campagne obscure, elle paraissait dominée par une vague
tristesse. La valse s'anima peu à peu, se déroula par
de joyeux accents et finit en mille éclats de rire.
Nelly avait suivi toutes les nuances de cette musique
fantasque et Grabriel, debout devant la jeune femme,
avait lu sur son visage toutes ses impressions.
Lorsque M. Delprat présenta son protégé, Nelly sourit
sans contrainte et les paroles les plus aimables vinrent
sur ses lèvres. On parla du concert, des incidents du
jour, de la rencontre de l'avant-veille ; on projeta de
faire des excursions ensemble, ce qui parut enchanter
Nelly. Puis elle prit le bras de M. Delprat et se di-
rigea vers le chalet qu'elle avait loué pour la saison.
— A demain donc, monsieur ! dit-elle avec une
grâce charmante, en prenant congé de Gabriel.
Ils s'étaient rencontrés1* le hasard et la sympathie
les avaient placés face à face.
VI
On est matinal à l'établissement des Bains. Certains
baigneurs, du moins, choisissent le point du jour pour
prendre leurs ablutions quotidiennes ; puis rafraîchis
et fortifiés par l'eau régénératrice, libres de l'emploi
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