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358 SIMPLE HISTOIRE
C'était là que demeurait le docteur Emile Renaud.
A travers les interstices des volets , on apercevait une
vive clarté dans l'intérieur, et M. Renaud avait à peine
sonné qu'on entendit un bruit de pas pressés, se confon-
dant avec un murmure de voix enfantines et joyeuses.
La porte s'ouvrit, et le docteur fut en même temps en-
touré de cinq marmots à la chevelure blonde et ondoyante,
aux joues roses et rebondies, aux grands yeux de toutes
les nuances, dans lesquels brillait le naïf contentement que
cause un bonheur attendu qui va se changer en réalité.
Au milieu de cette troupe de chérubins se montrait,
dans une attitude à la fois charmante et modeste, une
jeune femme au front rayonnant de la douce affection
d'une épouse et du saint orgueil d'une mère.
— Tout est prêt, — fit-elle en souriant.
— Père, tout est prêt... oui, papa, tout est prêt... —
répétèrent les enfants en chœur. — L'oie est cuite... la
brioche est déjà dorée.
— Bien, mon amie ! Parfait, mes beaux chéris ! —
répondit M. Renaud en s'avançant dans un corridor, Ã
l'extrémité duquel on pouvait distinguer une pièce très-
éclairée et un couvert tout dressé.
— Entrez là , mon camarade, — continua l'excellent
docteur en indiquant à son compagnon un second couloir
sur sa gauche, qui donnait accès dans la cuisine. — Je
ne vous demande que dix minutes.
Et il se dirigea lui-même, précédé et suivi de son gra-
cieux cortège, dans la salle où la table était mise.
— Lucile, — dit-il à sa femme, dont la physionomie
avait pris subitement une expression de regret, — tu vas
placer dans le panier aux provisions tout ce qui reste du
bouillon de notre dîner, deux bouteilles de vin de Bor-
deaux , du plus vieux ! la moitié d'en pain de sucre et