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                   PAR M. L'ABBÉ CONDAMIN                  343

 meilleure preuve. « La morale y est sévèrement gardée,
 dit à cet égard M. l'abbé Condamin, les précautions les
plus grandes sont prises pour assurer dans les causes liti-
gieuses le triomphe de la Justice. Le Bourguignon et le
Romain sont traités sur un pied d'égalité parfaite. » En
effet, ouvrons ce code écrit cependant par des barbares,
n'y lit-on pas ces sages dispositions. « Quiconque aura
refusé sa maison ou son feu à un étranger paiera trois
écus d'amende. — Si un bomme qui voyage vient de-
mander le couvert à un Bourguignon, et que celui-ci
montre la maison d'un Romain, le Bourguignon paiera
au Romain trois écus, et autant à l'étranger. — Le méta-
yer ou le rentier qui aura refusé d'exercer l'hospitalité
sera fustigé. »
   Du reste, comme le remarque si bien un grand écrivain
moderne (1), la conquête des provinces méridionales et
orientales de la Gaule par les Burgondes et les Visigoths
fut loin d'être aussi violente que celle du nord par les
Francks.
   Etrangers à la religion que les Scandinaves propa-
geaient autour d'eux, ces peuples avaient immigré par
nécessité, avec femmes et enfants, sur le territoire ro-
main. C'était par des négociations réitérées, plutôt que
parla force des armes, qu'ils avaient obtenu leurs nou-
velles demeures.
   A leur entrée en Gaule, ils étaient chrétiens, comme les
Gaulois, quoique de la secte arienne, et se montraient, en
général, tolérants, surtout les Burgondes. Il paraît que
cette bonhomie qui est l'un des caractères actuels de la
race germanique, se montra de bonne heure chez ce


(1) Augustin Thierry VI, Lettres sur l'Histoire de France, p.73.