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312 MADELEINE
« A ton tour, Juliette ! — dit Madeleine ; — notre mère
?
va près de t o i . . . conduis-la vers Dieu.»
Et elle vint s'agenouiller auprès de son père qui, dé-
sormais, restait seul avec elle.
Elle lui fit prendre le deuil sans qu'il parût s'en aper-
cevoir ; mais le lendemain de l'enterrement de la pauvre
aveug-le, quand on eut enlevé le fauteuil qu'elle avait
occupé tant d'années près de son vieux mari, celui-ci se
tourna vers la place vide et cria : — « Ma femme ! »
Madeleine redoubla ses caresses, chercha à le distraire,
il répéta: — « Ma femme ! »
Madeleine, au désespoir, essaya de nouveau tout ce
que son cœur put lui suggérer de consolant. L'idiot, dont
la sensibilité n'était pas complètement éteinte, puisqu'il
remarquait l'absence de celle qui avait partagé sa vie,
l'idiot n'écouta rien, refusa toute nourriture, et regar-
dant toujours sa fille, continua de répéter, comme un
enfant qui supplie pour obtenir ce qu'il désire : — « Ma
femme ! ma femme.!»
Un mois après, il mourait aussi.
Au moment où l'on emportait de la petite maison grise
le cercueil de son père, Madeleine murmura :
« Mon Dieu ! n'avais-je pas mérité qu'ils vécussent plus
longtemps ! . . . »
Qu'est devenue depuis cette pauvre fille, qui avait été
si admirable en triomphant de son amour?
Si nous nous transportions dans la ville de X . . . , Ã
l'hospice Sainte-Anne, nous la retrouverions au chevet des
malades où elle achève uue vie de dévouement et d'abné-
gation.
LE COMTE DE FOUDKAS.