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MADELEINE 295
instruit, distingué dans ses manières et porteur d'une de
ces bonnes figures qui inspirent tout de suite la sympa-
thie.
Il y avait un an environ que M. Dupart était à X. . . ,
et rien, jusque-là , n'était encore venu rompre la mono-
tonie de son existence.
Cette situation ne devait pas se prolonger cependant.
Bientôt, en effet, il survint une circonstance qui eut pour
résultat de tirer notre garde-général de l'espèce de léthar-
gie morale dans laquelle il se trouvait depuis son a rrivée
en Alsace.
Son unique distraction consistait à faire, au loin, de
longues promenades. Pour gagner une des issues des for-
tifications, il devait descendre une ruelle semblable à un
escalier, le terrain ayant été creusé en forme de marches
pour en rendre l'accès plus facile.
Ses pensées devançant ses pas. il ne songeait jamais,
en parcourant cet étroit passage, qu'à la campagne qu'il
allait chercher, quand, un jour, ses yeux s'arrêtèrent sur
une pauvre maison qui, seule, paraissait habitée.
Elle n'avait qu'un rez-de-chaussée et deux fenêtres ;
entre elles une porte basse; au dessus, des mansardes,
Les murs étaient peints en gris foncé ; les fenêtres, gar-
nies de rideaux, avaient des carreaux d'un verre verdâ-
tre.
Il régnait en cet endroit une ombre perpétuelle.
« J'aime à croire, — se dit Albert Dupart, — que ce
toit n'abrite que des personnes ayant atteint le terme de
leur existence, et dont le cœur vieilli ne peut plus ni s'at-
trister, ni regretter. Ce serait affreux d'être jeune là ! »
La maison était silencieuse, aucun mouvement ne s'y
faisait remarquer : c'était le calme du tombeau.
Quelnefutpasl'étonnement de M. Dupart, lorsqu'une