page suivante »
SALON DE 1877 149
Qui a vu peindre M. Laborier ? Comment et dans quel but
ces empâtements des chairs ? La face, loin d'en acquérir du
relief, s'aplatit sur le paysage du fond. Ces réserves n'ex-
cluent pas le talent, qui n'a que le tort d'être inégal.
Il n'y a rien à dire du portrait en pieds du tragédien Rossi
. dans le rôle d'Hamlet, par M. Ravel ; malgré les dimen-
sions du cadre, cela devait fatalement ressembler à la pho-
tographie d'un fort ténor. Le Montagnard, de M. d'Apvril,
ferait bien mieux notre affaire ; c'est lhonnêteté sous la rude
écorce, un type que tous les pinceaux ont abordé, mais qu'u-
ne profonde observation peut seule faire connaître.
La Bohémienne de M. Ernest Michel, la Danseuse orientale
de M. Hirsch et la Konjé-Gul de M. Jules Salles appartien-
nent encore au domaine de la convention. La baguette de
coudrier, les grelots et le tambourin tiennent une grande
place dans cette couleur locale rehaussée par la richesse des
étoffes. Après tout, du talent et un ensemble qui n'excite
ni le mépris ni l'enthousiasme.
M. James Bertrand, qui obtint un si légitime succès au
salon de 1875, passe presque inaperçu cette année. Pourquoi
cette injustice ? Examinez la Tête de sainte Cécile et dites si
la mort a jamais eu plus de noblesse et de rayonnementsur-
naturel !
III
Après son Parapluie rouge sur la route du Marché, qui fut
si bien accueilli aux salons de Paris et de Lyon, M. Nicolas
Sicard nous donne la suite du poème : Le Marché du quai
Saint-Antoine. On est d'abord surpris et enchanté de l'exac-
titude du paysage, tout est à ? son plan ; tout est à sa note
juste et précise : la Saà ne couverte des brumes matinales qui
laissent entrevoir vaguement la rive opposée, la perspective
fuyante des maisons, les charrettes des maraîchers, le feuil-
lage encore tendre des platanes qui abritent la ruche active et