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LE LAC DE PALADRU 135 Voilà ce que je savais, ce que je croyais, ce queje venais voir. Eh bien ! là encore, j'ai subi un terrible désenchan- tement. Rien de ce qui est beau n'est vrai. Rien de ce qui est poétique n'a existé. Lé monde est livré au prosaïsme et c'est à Paladru qu'on peut entendre cette parole anéantissante : « Les dieux s'en vont, » Arrivé à Y Hôtel du lac, excellent hôtel, tenu par des gens respectables et où le poisson est délicieux, j'ai appris : Que le curé d'Ars n'avait jamais existé ; Que les grenouilles du lac n'avaient pas plus de voix que de queue ; Que les échalas des vignes du curé d'Ars, que M. Vallier a vus au fond du lac, sont les perches des séchoirs du grand établissement de bains qui s'élève à côté; Enfin moi, rêveur, qui regarde toujours du côté de la lune, on m'a demandé si je n'étais pas huissier, et si je ne venais pas instrumenter sur les bords du lac en faveur d'une des nombreuses parties en instance ? On ne m'a pas même pris pour un avoué ! Une arête m'est restée au gosier ; j'ai avalé quatre à quatre les énormes morceaux d'un brochet gigantesque étendu devant moi, je me suis essuyé la bouche et j'ai dit au conducteur : Partons ! Et nous sommes partis! et c'est à peine si j'ai jeté les yeux sur ce miroir bleu de six kilomètres que je devais tant admirer. Et j'ai juré que si je devais ne jamais revoir la Silve- Bénite, ce que j'espère bien, ce ne serait pas de longtemps non plus queje reviendrais à Paladru, à moins que ce ne