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Et vous avez une pairie !
Et cependant ce ciel de l'Helvélic
Vous a fait grands et forts, et sur vos nobles fronts ,
Semblait n'avoir laissé point de place aux affronts ?
L'aigle n'a pas d'aire sublime
Où reposer loin de vos coups ;
Le* chamois met en vain l'abîme
Entre sa fuite agile et vous ;
Vous grandissez sous les orages,
Et gravant l'orgueil de vos pas
Au front vaincu des pics sauvages,
Vous marchez rois de nos frimats.
Et voici qu'un regard suffit pour vous abattre ;
Vous vous faites roseaux et pliez sans combattre !
Uu Gésier, tout puissant de son impunité,
Sur vos autels muets asseoit l'iniquité,
Et c'est vous qui tombez devant ce Dieu farouche ,
De l'encens à la main et des chants à ta bouche ?
O vertu des grands cœurs, chaste et mâle vertu,
Sainte haine du crime, ô vertu d'un autre âge !
Sous un désespoir vain , le timide abattu ,
Se croit quitte envers Dieu qui le fît son image ,
S'il a maudit le jour qui luit pour les pervers,
Et de stériles pleurs osé baigner ses fers !
Mais ce Dieu... Dieu jaloux ! lui demandera compte
Des forces dont il fut le lâche ménager,
Et de ces longs instants mis à cacher sa honte ,
Quand un seul eut suffi , peut-être, à la venger !
Géants au cœur de nains , tremblant devant un homme,
De quel nom désormais voulez-vous qu'on vons nomme ?
L'oiseau, l'oiseau timide , attaqué dans son nid,
Caresse-t-il la main de qui le lui ravit?
Et toi, ma Suisse , et toi jadis aigle superbe ,
Le chasseur à ses pieds te voit ramper dans l'herbe...
II se rit de ta serre ; et son talon pesant
Te creuse un lit de fange et t'y jette en passant.
Ne te souvient-il plus des voûtes éternelles
Ni de la foudre , ni des Dieux ?
Quand te verrai-je enfin , rouvrant tes grandes ailes ,
Planer sur nos monts radieux?
Hélas ! ma voix, inentendue et vaine ,
N'éveille pas l'esclave endormi sous sa chaîne !
Ou si quelques échos de mes cris impuissans,
Sans toucher à son ame, effleure encor ses sens,
Il regarde le ciel et secouant la tête,
Retombe , s'écriant : « II n'est plus de prophète ! »
La liberté vous crie : « Enfans, relevez-vous !
« Soyez hommes, cessez de pleurer à genoux ! »
Qui désespère est traître!., un fer et non des larmes !
Qu'importent les tyrans , Ã qui restent des armes!..