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468 TB01S MOIS AU-DELA DES ALPES. mencement de l'empire les consuls y allaient prendre pos- session de leur nouvelle dignité. Les triomphateurs y sacri- fiaient. A une époque du moyen âge que j'ignore, des religieux construisirent un couvent avec les débris du temple. Aujour- d'hui les pères Passionistes en sont les tranquilles posses- seurs. Une chose remarquable à constater c'est ce culte constant que les hommes ont voué aux lieux élevés. L'homme a-t-il pensé s'approcher d'avantage du Dieu de sa croyance, ou bien la sérénité de l'âme, la paix du cœur ne seraient-elles pas les sœurs chéries du silence et de la prière ? Pour mon compte, j'ai toujours ressenti sur le sommet des montagnes une volupté intime et céleste. Une paresse , un oubli des choses de la terre s'emparent de mon esprit. Je me sens vivre, je m'écoute penser. Tout en moi et en dehors de moi semble palpiter, osciller comme les vibrations harmonieuses mais indécises d'une lyre éolienne. Le silence profond et solennel qui précède les grands orages, les roulements retentissants du tonnerre, les fracas de la tempête, le bruis sèment harmonieux et varié des différents feuillages, les chants solitaires du pâtre ou de l'oiseau, tout me porte a l'admiration, à la muette et mystérieuse contemplation des choses de Dieu. Au sommet du Monte-Cavo ces sentiments que j'ai essayés de décrire sont peut-être plus difficiles parce que rares sont les grands bois, parce que la solitude n'est possible qu'a demi, parce qu'enfin la vue est si belle que l'œil est continuellement distrait. Sur le premier plau ce sont les lacs si coquets de Nimi et d'Albano qui dans leurs cratères éteints ont les courbes gra- cieuses d'une coupe de vert antique. Sur le second plan, les maisons blanches de Genzano, échelonnées sur leurs ver- doyantes pentes, font l'effet d'une troupe de cygnes prêts a reprendre leur essor ; c'est encore Castel-Gandolfo avec sa physionomie abrupte d'une forteresse du moyen âge. Puis,