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Us journalière. Il ne verra chez un peuple que le mécanisme de la vie présente ; toute grande pensée d'avenir lui sera étran- gère , parce que l'avenir n'ouvre son livre qu'aux hommes à idées synthétiques, à fortes croyances. Il emportera avec lui l'esprit d'argumentation, de subtilité, de minutie, une déplo- rable propension à se payer du semblant des choses, à pren- dre la lettre des formules pour l'ame des institutions; enfin , une défiance soupçonneuse qui n'exclura pas la facilité à être trompé, par ce qu'elle sera fondée moins sur une connais- sance exacte du cœur humain que sur l'incrédulité à l'abné- gation et au dévouement. Sa parole agréable aux esprits culti- vés et froids de la classe moyenne, n'aura point de prise sur les masses ; il pourra se faire applaudir dans un parlement , mais il n'entraînera jamais un peuple, parce qu'on ne se fait entendre des nations qu'avec la voix de l'enthousiasme. S'il est en dehors du pouvoir, il se complaira dans une op- position plus traeassière qu'énergique, ii discutera longue- ment sur la violation des textes, et laissera s'accomplir sans murmurer la violation des principes; et, satisfait de la légali- té respectée, il croira qu'il n'y a plus rien à faire pour la justice. Sa probité sera sans doute invincible aux séductions» de l'or, mais sa vanité ne le sera pas aux captieuses flatteries, et l'attrait des honneurs poussera ses convictions flottantes dans la voie des faciles transactions. Appelé à un rôle actif dans le gouvernement, il manque- ra de ces grands instincts politiques qui produisent les dé- terminations puissantes dans les moments de crise, il ne pourra ni provoquer ni diriger l'héroïsme; parfois il saura mettre une régularité apparente et matérielle dans l'état, mais il ne donnera jamais de satisfaction réelle aux besoins de la société; il ne sera jamais conservateur ou novateur que de nom, car il n'aura ni la foi robuste qui prolonge l'exis- tenee du passé, ni le coup d'œil prophétique et sûr du légis-*