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« 400 HENRI HIGNARD seront comme ces miettes de pain que le petit Poucet semait derrière lui pour reconnaître le chemin où il avait passé ; mais avec cette différence que les oiseaux, je l'es- père bien, ne viendront pas les manger. Mon bon frère, je vais être forcé de quitter vite cette lettre, car l'heure s'avance. Mais auparavant je vais me plaindre encore. Tu ne m'écris pas, je sais que tu m'aimes, j'en suis convaincu, et cependant j'aurais bien souvent des tentations d'en douter, en voyant que tu m'en donnes si peu de preuves. Mets-toi à l'œuvre une bonne fois et fais vite. Mon cher ami, nous voici au 22 juin; c'est-à -dire que l'année scolaire n'a plus que deux mois et dix jours à vivre. Cette diable d'agrégation me forcera de rester ici quelque temps, mais ce ne sera pas long, je l'espère, et puis je retournerai près toi. Nous tâcherons de mieux jouir de ces vacances que nous n'avons fait des autres. Bien loin de nous effrayer du passé et d'en tirer des prédictions fâcheuses pour l'avenir, il faut profiter de l'expérience qu'il a pu nous donner, et tâcher de ne pas retomber dans les fautes que nous n'avons pu éviter alors.. Ainsi ces vacances je me réserverai mieux mes soirées que nous passerons plus ensemble, ensuite j'irai te voir plus souvent au bureau et je me débarrasserai plus des indifférents, afin de vivre en famille. Nous trouverons bien à employer ce temps, et quand je ne ferais que te dire combien je t'aime, il coule- rait encore trop vite. Ton ami, ton frère. Embrasse bien ma mère pour moi et parle-lui des vacances. Quel bonheur de vous revoir tous 1