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            LE
454              PROCÉDÉ MUSICAL DE R. WAGNER

comprendre la cadence particulière du vers, son allure, ses
inflexions, son influence indiscutable sur notre organi-
sation !
   Et si l'on comprend tout cela, peut-on avoir un motif légi-
time de blâmer, dans la création de l'œuvre d'art, l'emploi de
ces ressources que nous offrent naturellement et le rythme
et l'ordre qui doit y présider.
   A l'école wagnérienne qui réserve toute son admiration
pour Shakespeare, Gcethe et Schiller, lesquels ont écrit
pourtant leurs drames en vers, nous demanderons donc
pourquoi la conclusion expresse du système est la condam-
nation de la forme du vers appliqué à la musique, c'est-à-
dire de la forme périodique et ciselée. Puisque Wagner
écrit ses poèmes en vers, il devrait traduire sa pensée ainsi
versifiée en musique rythmée comme ses vers. La perfec-
tion ne consisterait-elle pas à traduire en mélodies
rythmées et cadencées la pensée du librettiste qui est elle-
même rythmée et cadencée? Il nous semble qu'on ne
saurait douter de l'affirmative, et que Wagner lui-même
eût été fort embarrassé pour relever l'objection.
  Le plain-chant est bien une mélopée, mais son texte qui
a du nombre, n'a point de vers. On comprend une phrase
musicale non versifiée. Mais ce que l'on ne saurait com-
prendre, c'est l'accouplement d'un élément périodique avec
un élément qui ne Test pas. Le procédé est boiteux et jure
avec l'harmonie que tout artiste sérieux doit imposer à la
charpente de ses Å“uvres.
   Dans ses principes et dans son Å“uvre, Wagner est
l'antithèse des musiciens qui l'ont précédé. Par un effort
violent de volonté et d'orgueil, il a pris exactement le