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SUR LE SALON DE l 8 8 S 385 Vous avez tous vu cette scène tragique : la Mort de Chil- pèric. Le roi sauvage des Francs, frappé d'un coup mortel, le sang de sa plaie figé au visage, le corps affaissé, déjà ballonné par la décomposition, pèse de tout son poids de mort sur les épaules vigoureuses d'un jeune paysan qui va jeter ce cadavre royal au fond de sa barque, alors qu'un vieil évêque, les fanons de sa mitre blanche flottant au vent, soutient le corps pesant de ses bras tendus, — cette scène tragique et douloureuse, vous l'avez contemplée avec un singulier intérêt, vous avez admiré ce magnifique mouve- ment du prêtre soutenant la royauté trahie et abandonnée par les siens, et sauvant au moins sa dépouille des derniers outrages des hommes et des bêtes. C'est là une œuvre forte et grande, encore que le sujet en soit navrant et pénible. Quels que soient les mobiles qui ont pu influer sur la décision de la Commission d'achat du Conseil municipal, on ne peut qu'applaudir au choix judi- cieux qu'elle a fait parmi les rares tableaux d'histoire qu'of- frait le Salon. D'aucuns ont prétendu que la mise en action de la défaite de la royauté et de l'impuissante résistance de l'Eglise, se bornant à enterrer ses morts et enveloppée dans ce lamentable désastre, n'avait pas été sans influence sur le choix de l'Administration. Mais ce n'est là , vraisembla- blement, qu'une méchante plaisanterie. Le portrait était largement représenté au Salon, trop lar- gement. Il y a eu des modèles qui ont eu le malheur d'être reconnus; la plupart ont eu le bon goût de ne pas station- ner vers leurs déplorables effigies et d'en fuir habilement le voisinage compromettant. Je n'insisterai donc pas sur toutes les erreurs commises, sans avoir, certes, l'intention de tout condamner en bloc. Aucun portrait cependant, — depuis celui du D r Laure, de Carolus Duran, peintre qui a créé