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LE PROCÉDÉ MUSICAL DE R. WAGNER 453 Quant à la mélodie de la forêt, nous ne saurions voir en elle une création de toutes pièces. Cette mélodie résulte du concours que se prêtent la voix et les instruments pour développer le motif typique, et en faire, dans toutes les circonstances où il se présente, l'agent expressif du drame. La mélodie, telle que l'entend Fauteur de Tristan, n'est plus cette phrase de chant que son étymologie nous avait fait connaître. Elle n'a aucun caractère de régularité ni de périodicité, et Wagner lui en attribue un grand mérite. C'est tout simplement une mélopée. Il est assez curieux de remarquer que cette mélopée, dans sa liberté d'allure, se rapproche de la figure du plain- chant. La mélopée wagne- rienne est faite, nous l'avons vu plus haut, de fragments juxtaposés des motifs typiques comme la mélopée grégo- rienne est formée de la juxtaposition des formules ou pieds appelés clivis, porrectus, torculus, etc. Remarquons aussi que par cette liberté absolue reven- diquée pour la phrase musicale, et par le rejet des effets de la périodicité, Wagner a détruit dans la musique la forme rythmique correspondant au vers du poète lyrique, épique ou tragique, et qu'il a proclamé ainsi l'excellence du règne de la prose (7). Quand il ne voit dans la musique aux dessins pondérés, que de la musique de danse qu'il range avec mépris dans un rang inférieur, il méconnaît l'origine et les fonctions des éléments essentiels de cet art et du rythme en particulier. On dirait vraiment qu'il ne perçoit plus le sens du nombre dans les accouplements des sons. Et cependant, quel artiste serait assez mal doué pour ne pas (7) On sait les flots d'encre que la question de la prose poétique a fait répandre au commencement de ce siècle.