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                LETTRES D'HIPPOLYTE FLANDRIN                      429

 ce que je connais! Et puis, je lui ai gardé bien des choses.
Je n'ai pas voulu les voir, afin qu'elles soient neuves pour
tous les deux ( i ) . Il me semble qu'avec lui je travaillerai
plus et profiterai mieux. Il me faut un ami (2) ! Et vous,
qu'avec tant de bonheur j'appelle de ce nom, depuis cinq
ans, ne vous verrai-je pas?

   2) septembre. — Je travaille, mais pas comme je voudrais,
je me tourmente, je voudrais avancer plus vite, et c'est, je
crois, cette envie furieuse qui m'empêche d'aller. Et après
ces moments-là viennent des calmes plats. Pourtant, je me
prépare à ma figure d'envoi... C'est une chose bien mépri-
sée ici qu'une simple figure, on ne parle que de « tableaux »,
de « pages »! ! ! Mais j'ai moins d'ambition, et crois moins
être venu à Rome pour faire des tableaux que pour me
mettre en état d'en faire (3). L'idée contraire est bien géné-
ralement répandue parmi les autres : ils croient, comme ils
le disent, arriver ici avec un talent fait. Donc, ils partent
de là, couvrent de grandes toiles, ou bien s'endorment sans
s'inquiéter si de grands maîtres ont existé, sans même savoir
leurs noms (j'en connais ici qui, au bout de deux ans,
n'ont pas encore vu la chapelle Sixtine, ni les principaux
ouvrages de Raphaël). Au bout de trois ans, on va à Flo-
rence faire le voyage accoutumé. Là, ils vont pour voir
seulement, et alors ils voient les Giotto, les Giottino,
les Masaccio, les Fiesole, les Lippi, les Orcagna, les Ghir-
landajo, etc., maîtres sublimes. Les efforts de ceux de Paris



   (1) Est-il possible d'imaginer un sentiment plus délicat! (Note de
la Rédaction.)
   (2) Quelle âme charmante ! (Id.)
   (3) Impossible de dire plus juste. (Id.)
      N° 6. —Juin 1SS8.                                      28