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                 LETTRES Û'HIPPOLYTE FLANDRIN                       347

physionomie extraordinaire. Les gens de la classe moyenne
et les riches sont tout ce que l'on peut voir de plus ordi-
naire, déplus commun.

   (2/ mat) J'ai été, ilya quelques jours, dans les montagnes
qui d'un côté servent de bornes à la plaine de Rome.
Jamais je n'ai rien vu de plus magnifique. De là on voyait
la mer à une petite distance, la plaine, Rome, les mon-
tagnes, tout cela se déployant avec une richesse de lignes,
de couleurs qu'il est impossible de décrire, et dans un bel
ensemble les détails sont aussi beaux. La végétation y est
puissante, forte, et la population si belle qu'à chaque ins-
tant on s'arrête, on s'écrie... Il y a quelque temps que je
parlais à un Français qui est reçu dans les meilleures mai-
 sons de Rome, c'est Vibert (5), un pensionnaire graveur
qui est dans la bonne route. Ensemble nous revenions de
voir Overbeck et ses ouvrages. Ils nous avaient charmés
par l'esprit religieux qui y règne. Nous avions surtout
remarqué une immense composition qui représente la nais-
sance des arts et des sciences sous l'influence de la religion,
au xve siècle. Je trouve ça beau et bien pensé, mais pour
le rendre il emploie des moyens qui ne sont pas à lui : il se
sert tout à fait de l'enveloppe des vieux maîtres, il observe
la nature, mais de son aveu, il ne l'a presque jamais sous
les yeux lorsqu'il travaille. D'ailleurs il ne tient pas à faire
de la peinture mais à rendre ses idées, aies écrire. Je crois
qu'il a tort, car s'il veut se servir de la peinture pour écrire



   (j) Il n'est pas besoin d'expliquer ici ce que fut l'excellent Vibert,
graveur éminent, et qui n'eut que le tort de consacrer vingt années de
sa vie à la reproduction d'un assez faible tableau d'Orsel, le Bien et le
Mal. Mais il était l'intime ami d'Orsel et avait pour lui un culte.