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296                IMPRESSIONS DE VOYAGE

pendant les plus grandes sécheresses, a été le premier tra-
vail et celui qui a obtenu le résultat le plus important. Les
digues submersibles, savamment dirigées, qui forment le
chenal, ont encore eu pour conséquence heureuse de régu-
lariser les hautes crues, d'en atténuer les effets et de proté-
ger les rives périodiquement ravagées, auparavant, par les
eaux débordées ; aussi bien, c'est là un inappréciable service
rendu aux propriétaires riverains.
   Mais la solution de ce premier problème entraînait forcé-
ment la solution du second, et nous venons de voir com-
ment la science profonde de l'ingénieur précité lui a fait
comprendre que c'eût été renouveler la légende grecque,
c'est-à-dire, la punition de Sisyphe, condamné à remonter
le rocher qui redescendait toujours sur lui, si cette énorme
barre du Rhône, sans cesse réformée par les flots de la mer,
n'était tournée. Tout le monde sait que cet obstacle avait
été attaqué, d'abord, par les Romains, puis sous les règnes
de Louis XIV et de Napoléon Ier, mais toujours sans résul-
tat. Les 15 millions de mètres cubes de graviers et de galets
qui le forment et s'y accumulent chaque année, ont été
abandonnés au jeu de la nature et la difficulté a disparu en
se jetant dans le golfe de Fos.

   Là, s'amorce le canal de dérivation, long de 3,500 met.,
suffisamment large et profond pour aller, en pleine mer,
inviter les plus gros navires à venir s'abriter dans le port
de Saint-Louis. Ces navires sont, du reste, accueillis dans
ce port sans avoir à acquitter aucun droit, ils y trouvent des
appareils puissants et commodes pour le chargement et le
déchargement des marchandises, des magasins gratuits, des
docks, enfin, tout ce qui peut attirer les armateurs. J'ai
même pu y remarquer des navires anglais et russes.