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                  ET LE BARREAU LYONNAIS                   I79

mystérieuse volonté... La Chambre oublia les grandes
luttes oratoires et l'éloquence politique s'éteignit pour un
temps. Mais l'éloquence judiciaire n'eut guère à souffrir
des sévérités du pouvoir auquel elle ne pouvait porter
ombrage. Les austères et puissantes dissertations sur le
droit, le roman domestique des séparations de corps livrant
à l'étude les intimités vivantes et les tragiques souf-
frances de l'âme humaine, l'ardente et pathétique défense
de la Cour d'assises purent tour à tour dérouler leurs déve-
loppements savants, leurs cruelles élégances ou leurs pé-
riodes vibrantes, sans qu'un mot craintif ait dû hésiter sur
les lèvres. Ceux qui gémirent alorset maudirent la destinée,
ce ne furent pas les avocats sérieux, fiers de ce nom et
sachant s'en contenter, satisfaits des victoires du Palais,
aimant avec une affection jalouse les émotions et les récom-
penses de leur libre carrière. Ceux-là seuls eurent raison
de se plaindre qui, formant au sein du Barreau la légion
étrangère des avides et des empressés, ne voient en leur
profession que le marchepied politique, l'école du langage
où ils gagnent leur diplôme d'orateurs, qui supportent avec
impatience les années écoulées au prétoire comme du temps
perdu pour leur renommée, et qui, feuilletant d'une atten-
tion distraite les obscurs dossiers, entrevoient bien au-delà du
papier timbré, dans l'horizon de leurs rêves, la douce image
du portefeuille ministériel. Certes, tous ces grands politi-
ques en disponibilité durent alors revenir avec un amer
ressentiment à leurs longs et stériles loisirs. L'avenir leur a
depuis accordé d'éclatantes revanches, plus lucratives que
ne le pouvaient souhaiter leur plus belle espérance... et
l'honneur du Barreau.
  Humblot, sans ambition politique, dans son cabinet
chaque jour plus visité, se livrait tout entier aux exigences