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104 PAUL HUMBLOT Un soir, à sa campagne de Régnié, dans un de ces dîners intimes où Humblot se plaisait à réunir ses parents et quelques amis, l'un de ses confrères les plus distingués faisait le panégyrique du livre à la mode. Négligeant avec indifférence la présence du curé et du vicaire assis à ses côtés, il s'abandonnait au plaisir de s'entendre, attaquant avec son ironie incisive la divinité du Christ. Peu à peu cependant sa voix tomba, dans le silence gêné des con- vives. Humblot n'avait rien dit. Il avait écouté sans un mot, sans un geste, cette conversation oratoire qui le bles- sait dans ses plus intimes croyances. Mais au tremblement de ses lèvres, à la tristesse sévère répandue sur son visage, on comprenait combien était violente l'émotion qui le remuait. Puis, tout à coup, dominant les banalités accou- tumées qui essayaient une diversion, sa voix s'élève : « Non ! s'écrie-t-il, il ne sera pas dit, qu'à ma table, on ait pu attaquer ainsi le Dieu consolateur ! » — Il est debout, l'œil fixe et brillant ; il évoque avec des larmes le souvenir de sa femme mourante, qui serrait au dernier instant le crucifix sur ses lèvres ; et quand il parle de cette religion de charité qui garde un espoir pour toutes nos douleurs, de cette grande aumône faite à une grande misère, son langage se souvient qu'il plaide la cause de Dieu... d u e dire ? ces improvisations superbes ne se racontent pas. La parole vibre et plane ; la voix tremble et pleure ; le cœur s'étreint. Puis, tout a disparu, tout, si ce n'est l'émotion inoubliable que laissent au souvenir des auditeurs ces richesses semées devant quelques amis, jetées au 'vent qui passe et n'en rapporte jamais rien. Humblot fut religieux de race, d'éducation et d'instinct, religieux par le sang qui coula dans ses veines au jour de sa naissance, religieux par les exemples qui façonnèrent