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ET LE BARREAU LYONNAIS 103 # * * Je crois que l'on connaîtrait bien imparfaitement Hum- blot, si, en même temps que l'avocat on n'étudiait le mys- tique et le chrétien. Un grand artiste (et j'entends par là l'orateur au même titre que le poète, le peintre et le musicien) doit toujours demander l'originalité de ses créations à une grande idée, sorte d'obsession bienfaisante qui le hante, l'échauffé, le tourmente, devient l'âme même de son talent. Le génie bien souvent n'est que l'expression sublime d'une idée fixe. La foi religieuse, la croyance exaltée au surnaturel et à l'infini sont, ce me semble, l'une de ces sources les plus généreuses, l'un de ces foyers les plus féconds. I' n'est pas de levier plus puissant qu'une inébranlable conviction. La conviction, la croyance, la foi, furent l'essence même du talent d'Humblot ; et son éloquence, nourrie de ses études théologiques, épurée dans la familiarité des vérités de la morale et de la religion, y chercha sans cesse ses plus nobles inspirations. Un exemple le fera peut-être mieux comprendre. C'était l'époque où Renan venait de publier la Vie de Jésus. Cette œuvre, troublante qui avait été accueillie par les âmes pieuses, comme la plus douloureuse des épreuves, avec l'effroi d'un attentat, devenait au contraire aux mains des incrédules un arme dangereuse, le catéchisme philoso- phique de leurs négations. Maudit et réprouvé par les uns avec les exagérations de la foi scandalisée, exalté par les autres avec un étrange orgueil comme le triomphe de la raison, ce livre agitait tous les esprits qui pensent et s'in- quiètent.