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UNE EVASION A PIERRE-SCIZE 53 « Un disciple de Vauban ne fait pas plus de calculs et d'observations pour entrer dans une place forte, que je n'en fis pour sortir de la mienne. Je me dis d'abord : « Ce châ- teau est accessible sur le point où je l'habite, je dois donc percer le coin de mur attenant à la tour ; la construction n'est pas du même temps. Si le revêtement est en pierres de taille, en pierres dures, le milieu doit être en moellons, et mon angle de muraille ne se lie point à la tour, qui est ronde : il ne faut donc que du temps et de la patience ; on en aura. » « Le prisonnier qui m'avait précédé possédait le talent de la peinture, un vrai talent d'amateur, et de plus, le talent de la botanique ; il s'était amusé à peindre toutes sortes de fleurs sur les murs, et ce qui m'a été très favorable, il avait mis en bleu foncé tout le pourtour de notre appartement à deux pieds et demi de hauteur. Admirez d'ailleurs cette bizarrerie du hasard ': mon prédécesseur, à un long inter- valle, était M. P . . . un des plus proches parents de ma belle-tante ( 3 ) ; je ne dis pas qu'elle fut pour quelque chose dans cette incarcération-là , dont je n'ai jamais demandé, ni su les motifs ; mais enfin, la position sociale des deux prisonniers donnait à mon domicile l'air d'une chambre de famille. L'achat d'une certaine quantité de papier bleu, de ce papier qu'on enveloppe la poudre à friser, entra donc dans mes préparatifs ; car il fallait un mantelet au sapeur. Avant tout il me manquait de l'argent. L'argent est le nerf de la guerre, a dit Trivulce ; il est le nerf de toutes les grandes entreprises, et certes, il n'y en avait de plus grande (3) Mademoiselle de Saint-Sauveur, veuve de M. Pecquet de Cham- plois, qui avait épousé en secondes noces le baron d'Hariague.