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i8                      PAUL HUMBLOT

jeté vers l'horloge, la gravité ennuyée d'une figure dis-
traite, ces détails insignifiants et médiocres qui déconcertent
les plus beaux élans, précipitent, surmènent le discours,
et, comme un fuyard jettant ses armes au fossé, lui font
délaisser dans sa hâte les plus beaux, quelquefois même
les plus utiles développements.
   On comprend aisément que cette éloquence, qui s'ali-
mentait au foyer intime du sentiment et de l'imagination,
devait se trouver à l'aise dans les grands procès de la Cour
d'assises ; non pas qu'Humblot ait consenti à dépenser son
temps, sa parole et sa facile pitié dans toutes les causes
vulgaires qui chaque jour étalent leurs monotones scan-
dales dans l'atmosphère fétide des tribunaux criminels. Il
pensait, non sans raison, que l'on peut trouver un plus noble
emploi de ses travaux que de les prodiguer à la rhétorique
quotidienne et banale des circonstances atténuantes, et que
dans ce patronage insouciant toujours offert au plus infime
bandit qui le réclame, le talent de l'avocat n'est pas seul               /
en péril.                                                             '
   Mais parfois la Cour d'assises voit se dénouer les drames
douloureux, presque respectables d'une grande passion
affolée. Là viennent s'agiter et souffrir les pâles personnages   /
d'un roman tragique. Pour expliquer ces désastres de
l'âme humaine, ou pour lutter contre les conspirations
fatales du hasard qui, parfois, se plaît à édifier contre un
innocent la plus menaçante accusation, il ne suffit pas de
cette littérature larmoyante. Il faut un observateur qui
sache comprendre avec son propre cœur le cœur des
hommes et en déchiffrer les mystères. Il faut u n orateur
ardent faisant palpiter devant nous ces misères pitoyables,
ces révoltes indomptées qui sommeillent si souvent au
fond de l'être et qu'un souffle peut réveiller. Et rien alors