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ï 18          LA SOCIÉTÉ D'ÉTUDES ITALIENNES

la Renaissance fût troublée parles divisions provenant d'un
conflit de religions, et où lés humanistes, pour la plupart,
s'ameutèrent contre l'Église. L'Italie ne connut pas, pendant
le Rinascimento, la primauté de l'homme d'église non plus
que l'idée de paganisme, c'est-à-dire « le sentiment d'une
déchéance pour toute chose ou toute pensée profane et le
dur mépris du bonheur terrestre ». Et la chose est si vraie
que les Joachim de Flore, les François d'Assise, les Frati-
celle, les Jean de Parme ne dirigent pas leurs attaques contre
la pensée mais contre les mœurs.
   L'érémitisme, le monachisme envahissant les collines de
Sicile, de Subiaco et de Toscane, comportèrent unique-
ment des confréries religieuses, tantôt soumises au Saint-
Siège, tantôt en désaccord avec lui, mais jamais en lutte
contre les penseurs. Et quand Dante compose son immor-
telle Divine Comédie, tout en s'écartant sur les questions
religieuses des théories monacales, il ne pourra s'empêcher
d'invoquer cette religion du cœur, que les Mystiques du
moyen âge italien connurent et aimèrent. Il chante l'énergie
animique dominant une nature qui n'a reçu aucune entorse
morale. Son âme, remarque M. Gebhart, « était tempérée
par la sagesse de la pensée antique et ce sens juste des réa-
lités que la civilisation intellectuelle de la Sicile avait rendu
 à l'Italie de Frédérie II. » Boniface VIII, la conduite du
Saint-Siège vis-à-vis de Florence, l'établissement du Ponti-
ficat suprême à Avignon, contribuèrent à donner à ce grand
écrivain, en raison des hardiesses de ses idées théologiques
personnelles et de l'âpreté de sa nature passionnée, une
physionomie à part. Mais il me paraît certain que, sans les
fautes politiques commises par la Papauté, jamais Dante
n'eût attaqué le Saint-Siège. Encore une fois, les Italiens
n'étaient pas des sectaires intellectuels et les artistes pou-