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BÈRENGER DE LA TOUR l85
Voici le commencement de son premier livre :
Qui veut amor, et sa fureur cognoistre,
Qui veut scavoir la beauté qui fit estre
A tant de maux Zerbin avantureux,
Ht d'Ysabeau si constant amoureux :
L'enfant porté sur ses ailes divines,
Comm' il passa les flots des eaux marines,
Et vint d'Escosse en Espaigne allumer
Le chaste feu qui tant les fit aymer :
Je le diray et pource muse saincte,
Que la vigueur de mon Ame est estainte,
Laisse les bords de ton Size doré
(Fleuve à ton nom de moy tant honoré),
Et ta faveur je te supply m'inspire.
Dans les vers épars, nous lisons encore sur le « despart
de sa Toute » :
Ny les grains d'or du sablon rayonnant
(Soleil moulu au bordz de vostre fleuve),
Nont tant de mains pillardes, qu'il se treuve
D'ennuis lesquelz mon cueur vont ruinant.
Au commencement de sa Moschéïde (dix-septième vers),
Bérenger de la Tour s'exprime ainsi :
Homère escrit asses bien, et le faict
Qu'il meine est grand, encor eut il mieux faict
S'il eut senti ceste haleine benine,
(Non de Clion non aussi de Polymne),
Mais d'Ysabeau la Vierge que j'honore
Ma sainte muse : et à fin qu'on n'ignore
Cest oeuvre, aussi ses gestes immortelles
Requièrent bien meilleure ouvrière qu'elles :
Ma muse dont la charge viendra prendre
De ce labeur que je veux entreprendre.