page suivante »
G2
violentes attaques dix ans auparavant, donna des marques de retour, mais la
plus grande partie des citoyens, effrayés par le souvenir des maux qu'elle avait
alors causés, se retirèrent à la campagne, ce qui empêcha le progrès du mal(l).
Au mois de septembre de cette année, on fit à Lyon de grand es réjouissances
pour la naissance du Dauphin. Ce prince fut reçu dans le royaume comme un
présent du ciel accordé aux vœux des Français après vingt-trois ans d'attente,
ce qui l'a fait surnommer Dieu-Donné.
Le roi vint à Lyon en 1640, et y séjourna environ quinze jours. Il alla d'ici Ã
Grenoble, où madame la duchesse de Savoie sa sœur se rendit. Après cette en-
trevue , S. M. repassa à Lyon pour retourner à Paris.
Le 17 janvier 1642, mourut à Lyon messire Charles de Neuville, marquis
d'Halineourt<èt de Villeroy, chevalier des ordres du roi, gouverneur de la ville
de Lyon et des provinces de Lyonnais , Forez et Beaujolais, âgé de 76 ans, après
avoir gouverné pendant trente-quatre ans avec une douceur et une prudence qui
le firent regretter généralement. C'est sous son gouvernement que cette ville
changea de face et commença à s'embellir. On ouvrit des ports, les quais furent
élargis , et le magnifique cours depuis le pont du Rhône jusqu'à Esnay fut entre-
pris et achevé. Ses funérailles furent faites avec pompe dans l'église des Carmé-
lites qu'il avait fondées , et où l'on voit le mausolée qu'il avait fait ériger de son
vivant et sur lequel est placé sa statue en bronze jetée en 165S par Jacob Ri-
cher (2).
Dans le printemps de l'année 1642, le roi vint encore à Lyon suivi du car-
dinal de Richelieu. Il allait descendre du c_ôté du Roussillon pour faire le siège
de Perpiguan. Il s'occupa, pendant: son séjour, à voir passer en revue et em-
barquer les troupes qu'il envoyait de ce côté-là , et fit entre autres ranger en
bataille un régiment de cavalerie dans la place de Bellecour. Le roi ne tarda
pas à partir pour aller joindre son armée. Perpignan fut pris après trois mois de
siège, et en même temps plusieurs forteresses aux environs. S. M., au retour de
la campagne, repassa dans le mois de septembre à Lyon , et n'y séjourna que
deux jours. Les Lyonnais le virent alors pour la dernière fois.
Le cardinal de Richelieu, que ses grandes incommodités empêchaient de
suivre le roi, arriva à Lyon le 6 septembre. Il s'était embarqué sur le Rhône ,
et avait choisi cette voie plus douce qui s'accommodait à ses infirmités, lesquelles
ne lui permettaient pas de quitter le lit, en sorte qu'on fut obligé de rompre
les portes et les fenêtres de l'abbaye d'Esnay (5) où il logea pour pouvoir y
introduire la machine dans laquelle il était transporté.
(t) MERCDIŒ FRANÇOIS , tome XXII, page 3og ; GAZETTE DE FBANCE , p. 594.
(a) L'église des Carmélites a été démolie sous la restauration. Voyez l'ALMANACH DE LYON e
i 8 5 5 , pageXLVIII.
(3) Ce mot est écrit de deux manières dans le manuscrit. On pourrait citer peaùcoup d'autres
ouvrages où an lit tantôt AINAY, tantôt ESWAY, comme ici ; les auteurs ne sont pas plus d'accord
sur l'étymologie de ce nom que sur celle du nom de Lyon.