page suivante »
D U B 0 N SENS 194 l'homme d'Etat au souverain bon sens que le second Em- pire a connu, ne voulait pas croire à l'avenir des chemins de fer. Comme on a déjà pu l'inférer de plus d'un trait, cette précieuse faculté ne s'acquiert pas ; elle cesserait d'être si précieuse si elle pouvait s'acquérir. Le bon sens est un don inné ; il est le degré d'intelligence pratique que la Provi- dence a départi à chacun des hommes. On peut travailler, s'instruire, devenir un savant, atteindre à la célébrité, sans que le bon sens y ait rien gagné. Parfois, il y aura même perdu : le Victor Hugo de 1849 avait certainement moins de bon sens que celui de 1825. Des études conduites obsti- nément dans un sens, la culture exclusive des abstractions mathématiques, par exemple, l'amoindrissent souvent ; le regard de l'esprit se trouve faussé, quand ensuite il veut se porter sur les réalités de la vie, et ce ne sont pas les élèves de l'Ecole polytechnique qui auraient le droit de me démentir. Une éducation simple et sage, l'expérience et les épreuves de l'existence sont les seuls maîtres capables d'étendre et de rectifier un peu cette vision intellectuelle, dans la mesure où elle peut être rectifiée et étendue. Leur action ne va pas loin : myopie pour myopie, celle des yeux serait encore moins incurable. C'est une vérité cou- rante qu'il n'y a rien à faire des sots. Cette persistance invincible de la sottise explique l'obsti- nation que la malechance paraît mettre à frapper sur cer- taines têtes. Il y a des gens auxquels rien ne réussit. Ils ne peuvent pas mettre la main à une entreprise sans lui porter malheur. Les établissements en voie de prospérité, ils les ébranlent ; ils précipitent la ruine de ceux qui penchaient déjà . Aucun de leurs desseins ne se réalise, et pourtant les conceptions ingénieuses sont ce qui leur manque le