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                        D U B 0 N SENS
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 l'homme d'Etat au souverain bon sens que le second Em-
pire a connu, ne voulait pas croire à l'avenir des chemins
de fer.
    Comme on a déjà pu l'inférer de plus d'un trait, cette
précieuse faculté ne s'acquiert pas ; elle cesserait d'être si
précieuse si elle pouvait s'acquérir. Le bon sens est un don
inné ; il est le degré d'intelligence pratique que la Provi-
dence a départi à chacun des hommes. On peut travailler,
s'instruire, devenir un savant, atteindre à la célébrité, sans
que le bon sens y ait rien gagné. Parfois, il y aura même
perdu : le Victor Hugo de 1849 avait certainement moins
de bon sens que celui de 1825. Des études conduites obsti-
nément dans un sens, la culture exclusive des abstractions
mathématiques, par exemple, l'amoindrissent souvent ;
le regard de l'esprit se trouve faussé, quand ensuite il veut
se porter sur les réalités de la vie, et ce ne sont pas les
élèves de l'Ecole polytechnique qui auraient le droit de me
démentir. Une éducation simple et sage, l'expérience et
les épreuves de l'existence sont les seuls maîtres capables
d'étendre et de rectifier un peu cette vision intellectuelle,
dans la mesure où elle peut être rectifiée et étendue. Leur
action ne va pas loin : myopie pour myopie, celle des
yeux serait encore moins incurable. C'est une vérité cou-
rante qu'il n'y a rien à faire des sots.
   Cette persistance invincible de la sottise explique l'obsti-
nation que la malechance paraît mettre à frapper sur cer-
taines têtes. Il y a des gens auxquels rien ne réussit. Ils ne
peuvent pas mettre la main à une entreprise sans lui porter
malheur. Les établissements en voie de prospérité, ils les
ébranlent ; ils précipitent la ruine de ceux qui penchaient
déjà. Aucun de leurs desseins ne se réalise, et pourtant
les conceptions ingénieuses sont ce qui leur manque le