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516 MEYERBEER ET L'ÉTOILE DU NORD. sous la tente ; mais, dans l'ordre des choses de l'esprit, dans le monde de l'art, on ne surprend que d'insipides battologies. Le rapetisse-toi des Chi- nois semble être devenvi chez nous une maxime à l'ordre du jour. L'art n'est plus ce qu'il doit être, une jouissance élevée qu'il faut conquérir, une initiation à un monde supérieur. Le lecteur eut sans doute préféré à l'élucubration ci-dessus une simple analyse de l'Étoile du Nord; mon intention était bien tout d'abord de me conformer à l'usage, de commencer par tracer le sommaire du libretto et de finir par l'appréciation impartiale des morceaux les plus saillants de la parti- tion. Mais le feuilletoniste propose et le démon du feuilleton dispose ; et il a cette fois disposé les choses de telle façon que de fil en aiguille, de phrase en phrase, d'alinéa en alinéa, je me suis laissé aller à esquisser au fusain et sans beaucoup d'ordre, un chapitre moitié littéraire, moitié musical, sur les rapports de la musique deMeycrbeer avec la littérature contemporaine. Que le lecteur me pardonne cette digression involontaire ; une excuse, après tout, me reste, c'est la publication que l'administration théâtrale vient de faire des principaux comptes-vendus auxquels a donné lieu dans les jour- naux de Paris l'apparition de l'Étoile du Nord. J'y renvoie le lecteur, en lui signalant, entre tous, l'article de M. Fétis, un homme du métier, celui-là , et non un musicien d'instinct et d'occasion, une réputation classique, un cri- tique, un professeur sérieux, peu disposé à la fantaisie et au paradoxe, on en conviendra. Sur la foi de M. Fétis, les personnes timides peuvent donc admirer l'Étoile du Nord comme elles admirent les Huguenots, sans craindre de se compromettre. L'Étoile du Nord est, du reste, parfaitement montée à Lyon. Onsent que l'œil du maître, artiste et expert consommé pour tout ce qui regarde la mise en scène a passé par là , surveillant, avec une attention scrupuleuse, l'évolution du moindre comparse et fixant la place du plus petit accessoire. De l'aveu des juges les plus difficiles, l'orchestre a admirablement marché, il a été digne de la haute réputation de son chef, digne de la grande œuvre qu'il interprétait. L'histoire fait mention de la statue d'un Jupiter qui avait trois yeux, deux à la place ordinaire et un au milieu du front. M. George Hainl, lorsqu'il est assis à son pupitre souverain, en a au moins autant : deux pour lire la partition, et celui du front pour guider le chanteur ; il me semble même qu'il en possède encore deux autres derrière la tête pour surveiller sa légion d'instrumentistes ; et, de fait, il ne la perd jamais de vue ; son ubiquité magnétique s'étend, également active et vigilante, de la grosse caisse aux timballes. Les honneurs de la soirée ont été pour Mme Barbot. Constamment digne, noble el louchante, du rôle le plus difli-