Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
400             LE GOURGUILLON AU XIIIe SIÈCLE.
 ci le premier pas à la souveraineté. L'exemple était contagieux ,
 et l'intérêt de la royauté favorisait la propagande des idées
 d'émancipation communale.
    Lyon avait une population considérable, ses habitants s'é-
taient enrichis dans le commerce , l'instruction se trouvait en
progrès, et, tout naturellement, on commençait à discuter les
droits de l'aschevêque et du Chapitre de Saint-Jean. Cette dis-
cussion conduisait à supporter péniblement une administration
sans contrôle. Les circonstances commandaient la plus grande
prudence, car le moindre événement pouvait devenir l'occasion
d'une explosion terrible. En effet, une révolution se préparait,
et elle éclata bientôt.
    Quoi qu'on en dise, il est des intérêts politiques très-légitimes
qui demandent parfois satisfaction; et si malheureusement les
réformes les plus sages sont trop souvent compromises par les
ambitieux sans conscience ou les exaltés sans raison ; il n'en
est pas moins vrai cependant qu'elles sont justes et nécessai-
res. Le gouvernement ecclésiastique ne tenait aucun compte
des idées de ses administrés , et, non seulement il résistait,
mais il semblait jeter le gant à ses adversaires.
   Malgré cette résistance, il ne faut pas, comme un des histo-
riens contemporains de Lyon, en parlant des chanoines-comtes,
les appeler des brigands tonsurés (Clerjon, t. I, p. 269). Ces
expressions de mauvais goût dénotent une passion incapable
d'écrire l'histoire avec impartialité. D'ailleurs, il est très-peu
philosophique de juger les événements des âges passés, en
se mettant au point de vue des idées de son siècle. Si le Cha-
pitre de Saint-Jean avait aujourd'hui la prétention de s'empa-
rer de la souveraineté de notre ville, ce serait assurément
ridicule ; mais , au XIIIe siècle, certains droits, appuyés sur
une longue tradition, n'avaient pas encore été contestés. Un
pouvoir quelconque est nécessaire à la vie d'une société ; ceux
qui le tiennent pensent toujours être dans la bonne voie en le
défendant, et ordinairement ils ne se trompent pas.
  On était dans l'année 1195. De nouvelles taxes furent impo-
sées sur les citoyens. Une violente opposition éclata aussitôt