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   Mais il faut abréger, et d'ailleurs nous en axons dit assez, il nous
semble, pour être compris, et pour donner une juste idée de
l'œuvre.
   Nous essayons de constater, non ce que M. Ponsard a voulu faire,
nous l'ignorons, mais ce qu'il a fait. Peut-être, d'ailleurs, comme
les grands artistes des grandes époques, est-il resté étranger à
tout système, à tout dessein critique, poursuivant simplement In
beauté qu'il avait conçue, sans se préoccuper des écoles, sans
adopter ni l'un ni l'autre drapeau. L'altitude modeste de M. Pon-
sard et son silence absolu autour de Lucrèce publiée enfin, pourrait
confirmer cette pensée et ce serait le mieux. Mais l'œuvre dit
assez ce que l'auieur ne dit pas, et prend elle-même son rang,
en dévoilant ses origines. Fille directe et légitime delà littérature
contemporaine, elle fait de M. Ponsard un modérateur si l'on veut,
qui s'arrête sur la pente glissante, qui fait ce que les théoriciens
avaient dit, et ramène enfin à la rigueur des principes un art
que l'enivrement de la nouveauté et de l'indépendance en avait peu
à peu écarté. M. Ponsard nous semble avoir trouvé l'équilibre et
l'harmonie et avoir distribué dans unu parfaite mesure les qualités
contraires dont se forme un ouvrage excellent.
   On reproche à Lucrèce une action faible et insuffisante ; rien,
selon nous, n'est moins fondé que ce reproche. En compliquant
une intrigue autour de cette belle et simple légende, l'auteur eût
brisé les lignes solennelles, profané l'austère antiquité de son sujet;
toute couleur, toute vérité historique, toute grandeur poétique s'y
fussent infailliblement perdues. D fallait conserver à cette épopée
dramatique la sobriété de Tile-Live, la droiture d'Homère ; c'est
ce que M. Ponsard a bien vite compris. De quoi eussent ser\ i
quelques incidents misérablement rassemblés, quelques ruses litté-
raires qui n'eussent trompé personne, quelque péripétie mesquine
dans un sujet où tout est prévu, où tout est connu, où le dénoue-
ment est inévitable? Qu'importent, d'ailleurs, outre l'inconvenance
dans le sujet choisi, cette action extérieure, ces ambages des évè
nements, cette agitation forcenée, ce spectacle pour les yeux que
l'esprit suit à peine i' Et n'est-il pas bien temps qu'on se lasse de
tout ce mouvement stérile? 11 y a, ce nous semble, une action