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d'hui commence une nouvelle ère pour les Chinois. Les
Anglais leur ont appris à se connaître. Ils savent maintenant
ce que valent leur isolement insolent, leur despotisme orga-
nisé, d'échelon en échelon, jusqu'aux dernières classes de la
société, leurs sciences cultivées par castes, leurs arts hérédi-
taires et leur immobilité pendant que le monde marche.
À mon avis, la violence faite à ce gouvernement despo-
tique est juste, car elle est dans l'intérêt de la majorité des
peuples, et je me réjouis de voir cet empire, aussi étendu que
l'Europe, ouvert aux investigations scientifiques et aux rela-
tions commerciales.
Mais le motif apparent de cette guerre, l'empoisonnement
des Chinois par l'opium, est-il juste, est-il d'abord le véritable
motif? Avant de répondre à ces deux questions, jetons un
«oup d'œil sur la propagation de la culture de l'opium et sur
l'extension de son commerce. Il n'est pas sans intérêt d'étu-
dier comment l'excitation grossière des sens a entraîné les
hommes, dans tout l'Orient, à faire usage de cette plante vé-
néneuse, malgré les défenses les plus sévères, malgré toutes
les infirmités qui en sont la conséquence, comment cette
production est devenue ainsi l'article de commerce le plus
important entre les Anglais elles Chinois.
Il en est de ce pavot (papaver somniferum, Linn.) comme
de toutes le* plantes cultivées; on ignore quelle est sa patrie
et dans quelle contrée il fut d'abord récollé par l'homme. Il
était déjà connu d'Homère: « Comme dans un jardin, le pavot
penche sa tel e chargée de fruits et des rosées du printemps,
4e même ce jeune guerrier laisse, sous le casque, tomber son
front appesanti, (lliad. VIII).
II était donc déjà cultivé. Hippocrate distingue le noir et
le blanc; il connaît déjà les propriétés narcotiques de son suc.
Galien décrit la manière de récolter ce suc. Nous de-
vons aux grecs le mot opium qui le désigne, d'où vient