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on peut, moyennant une piastre par mois, savourer les ro-
mans de M. Paul de Kock, d'Eugène Sue, de Georges Sand,
et acheter, au pied du Vatican, les livres proscrits de M. de
La Mennais. L'engouement qui efl'ace jusqu'aux dernières
traces du costume national, et qui s'attache avec une scrupu-
leuse fidélité au plus récent figurino d'un journal de mo-
des, a passé dans les lettres et s'y maintient. Le voyageur qui,
du fond de l'Ecosse ou des rives de la Newa, accourt visiter
les bords du Tibre, est assuré de trouver à deux pas du Ca-
pitule toute la fleur de la littérature dégradée et corruptrice
que Paris jette à l'Europe entière.
Il n'est guère en Italie que deux ou (rois villes qui aienl
conservé quelque mouvement littéraire, et où il s'imprime des
travaux d'une certaine importance. Rome, qui cependant, ne
manque pas d'hommes studieux et érudits, publie peu de li-
vres; on a d'autant plus droit de s'en étonner que cette noble
capitale du monde chrétien voit chaque année affluer dans
ses murs une énorme quantité de voyageurs, qui y sont bien
souvent amenés par l'amour des lettres, et qui ne rentreraient
pas chez eux sans remporter quelques-uns des meilleurs li-
vres qu'ils auraient trouvés. Mais il y a ainsi des phénomènes
inexplicables. Le journal officiel de Rome est le Diario (Quo-
tidienne), Moniteur sec. et décharné, qui n'enregistre que les
faits dominants de la politique et les principales nouvelles de
la ville, mais qui, sur ce point, nous a paru d'une stérilité
remarquable. 11 faut dire aussi qu'elle est forcée ; mais le Ro-
main, spirituel et jaseur, se fait gazelier d'autant plus ardent
que son journal officiel est plus silencieux. C'est principale-
ment, à l'époque de l'élection d'un pape que les épigrammes
circulent avec la malice et la concision qu'elles eurent quel-
quefois sous les Empereurs, alors qu'on affichait aux porlcs
même du palais des"_vers d'une audacieuse énergie.
Les journaux des différenlcs villes, de Naples, de Florence,