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GENEVRAY.
Hé non! daignezm'entendre...
LAUZUN.
Hé bien 1 pour moi l'altesse est chaque jour plus tendre.
Souvent elle me dit : J'aime, Comte, et je veux
De celui qu'a choisi mon cœur combler les vœux ;
Usera mon époux... Or, devinez! Et comme
Je nomme princes, rois... Moins haut : un gentilhomme,
Jeune, aimable, charmant. Alors, Ã chaque nom
Que je passe en revue : Est-ce celui-là ? — Non.
— Celui-ci? — Point. Et puis, notre liste finie,
Elle me fait reprendre encor la litanie,
Car le nom qu'elle attend, en vain sollicité,
C'est le mien... et le seul que je n'ai pas cité.
Croiras-tu maintenant?
GENEVBAY, Ã part.
Fou!
LAUZUN.
Mais quoi ! la princesse
N'occupe pas mon cœur tout entier ni sans cesse :
Armande, lu le sais, y tient sa place aussi.
Avec elle à l'instant j'ai rendez-vous ici.
C'est folie...
GENEVRAY, Ã part.
Il connaît son état.
LAUZUN.
Mais qu'importe !
Sur les prudents conseils ma nature l'emporte.
Je ne sais quel démon me pousse à mépriser
Ces écueils où l'on voit les autres se briser.
Un bonheur calme, uni, pour moi n'a point de charmes :
11 me faut des amours où germent les alarmes,
Des plaisirs épiés par les regards jaloux,
Les soupçons menaçants des mères, des époux.