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374 Lorsque, bien jeune encore, vos intimes tristesses Trahissaient dans Joseph ces courants de tendresses, Entraînés par la gloire à l'immortalité , Quand vous nous racontiez vos douces rêveries , Vos heureuses amours et vos amours flétries Par les refus de la beauté; Vos luttes en esprit contre votre pensée , Vos souhaits de mourir, que votre ame lassée, Comme un pieux blasphème adressait au Seigneur > Surtout quand vous disiez les voluptés rieuses De ces têtes d'enfant si jeunes , si joyeuses , El qui feraient croire au bonheur ! Oh ! moi j'ai bien compris votre mélancolie , Et j'ai dit comme vous: « toute joie est folie ; « Le bonheur ici-bas est un rêve oublié, « Mot sanglant d'ironie , imprimé sur noire ame ; « Et le monde sans Dieu n'est qu'un jouet infâme « Qu'il faut savoir briser du pied. » Depuis lors , la pensée a creusé dans voire ame. Comme un nageur habile emporté par la lame , Se laisse aller d'abord , et les deux bras en croix, Dérive lentement et suit le fil de l'onde , Puis s'élançant hardi dans l'abyme qui gronde , Affronte l'horreur du détroit; Votre cœur à l'amour s'ouvrit avec ivresse , S'abandonna d'abord aux soupirs de tendresse , Comme un souffle éphémère aspira le bonheur , Et doucement bercé dans les bras de la vie , Sans dédaigner la gloire et sans craindre l'envie S'endormit loin de la douleur. Plus tard , ayant compris cet exil où nous sommes , Pour attendre et souffrir, et qu'hélas ! tous les hommes Payent en longs sanglots leur part d'humanité ; Vous avez déploré notre amère impuissance , Et vous avez lutté , martyr de la science , Durant les jours de voire été.