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son mince chapeau. •— Il va faire bientôt jour, Jacques,
et comme tu ne peux rester ici, dis-moi où loge ton père ;
je me charge de lui parler pour toi, à condition qu'une
autre fois cela ne t ' a r m e r a plus, n'est-ce pas? Eh bien!
où loge-t-il ? — En ce moment la tête de l'enfant s'était
inclinée, et Serizan lui passa la main sous le menton pour
la relever 5 deux ruisseaux de pleurs coulaient le long de
ses joues creuses et maigres; la figure du petit malheu-
reux avait une expression si déchirante et si douloureuse,
qu'à peine avait-il prononcé ces mots : ah! il est mort,
Monsieur! que Serizan était déjà assis et l'avait attiré
sur ses genoux. — Calme-toi, Jacques , mon enfant, c'est
bien d'aimer son père ; et le bon capitaine essuyait les
larmes du pauvre petit : Allons donc, Jacques, il faut
être homme; et de gros pleurs roulaient sur la moustache
de Serizan, car lui aussi il pensait à son vieux père. —
Pauvre Jacques ! et il rapprochait l'enfant de lui; sois
tranquille, vas, nous irons voir ta mère, et tout sera fini.
— Alors un soupir terrible s'élança de la poitrine de Jac-
ques, et, cachant sa tête dans le sein du capitaine,—Morte,
morte aussi! et l'infortuné sanglotta.— Orphelin, orphe-
l i n , répéta Serizan, et il le pressa dans ses bras, car
c'était une de ces douleurs qu'il faut laisser exhaler dans
le silence; fleur frappée de la foudre qui tomberait en
cendres si on la touchait ; blessure vive et cuisante que
le moindre contact peut envenimer. Serizan le comprit,
et pendant que Jacques pleurait, il se mit à réfléchir.
  Il n'y a pas de jour dans la vie où l'on ne rencontre en
son chemin quelques-unes de ces créatures abandonnées
des hommes, livrées tout entières à la misère, et qui
semblent être vouées au malheur dès leur naissance. Si
vous êtes froidement égoïste, et c'est le plus grand nom-