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425 son mince chapeau. •— Il va faire bientôt jour, Jacques, et comme tu ne peux rester ici, dis-moi où loge ton père ; je me charge de lui parler pour toi, à condition qu'une autre fois cela ne t ' a r m e r a plus, n'est-ce pas? Eh bien! où loge-t-il ? — En ce moment la tête de l'enfant s'était inclinée, et Serizan lui passa la main sous le menton pour la relever 5 deux ruisseaux de pleurs coulaient le long de ses joues creuses et maigres; la figure du petit malheu- reux avait une expression si déchirante et si douloureuse, qu'à peine avait-il prononcé ces mots : ah! il est mort, Monsieur! que Serizan était déjà assis et l'avait attiré sur ses genoux. — Calme-toi, Jacques , mon enfant, c'est bien d'aimer son père ; et le bon capitaine essuyait les larmes du pauvre petit : Allons donc, Jacques, il faut être homme; et de gros pleurs roulaient sur la moustache de Serizan, car lui aussi il pensait à son vieux père. — Pauvre Jacques ! et il rapprochait l'enfant de lui; sois tranquille, vas, nous irons voir ta mère, et tout sera fini. — Alors un soupir terrible s'élança de la poitrine de Jac- ques, et, cachant sa tête dans le sein du capitaine,—Morte, morte aussi! et l'infortuné sanglotta.— Orphelin, orphe- l i n , répéta Serizan, et il le pressa dans ses bras, car c'était une de ces douleurs qu'il faut laisser exhaler dans le silence; fleur frappée de la foudre qui tomberait en cendres si on la touchait ; blessure vive et cuisante que le moindre contact peut envenimer. Serizan le comprit, et pendant que Jacques pleurait, il se mit à réfléchir. Il n'y a pas de jour dans la vie où l'on ne rencontre en son chemin quelques-unes de ces créatures abandonnées des hommes, livrées tout entières à la misère, et qui semblent être vouées au malheur dès leur naissance. Si vous êtes froidement égoïste, et c'est le plus grand nom-