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53 aimait-il sa bibliothèque , riche de tant de genres différents! il l'aimait comme un poète aime ses vers, comme un phi- losophe son système, comme un amant sa maîtresse. Il la regardait avec admiration, il en parlait avec enthousiasme, le froid octogénaire! Sa générosité s'arrêtait devant sa biblio- thèque. En face de ses livres il était dur comme un banquier. Hélas ! hélas! il y avait là plus de vingt raille v o l u m e s , et maintenant.... Vanitas vanilatum! vanité des bibliothèques! IX. Je voulais ici décrire l'aspect singulier d'un encan de li- vres ; dire la physionomie de l'héritier, et les diverses espè- ces d'acheteurs, le bouquiniste aristocrate e t le bouquiniste plébéien, le bibliophile et le bibliomane, les badauds à bourse vide et puis le crieur, le crieur, ce roi de la vente, ce héraut intelligent qui reconnaît au geste, à la bouche m u e t t e , au regard, le désir du surenchérisseur; je voulais ensuite c o m - mencer enfin mon voyage, vous dire à chaque pierre une ré- flexion, à chaque boutique une histoire, à chaque café un chapitre. Je voulais en un mot flâner, flâner toujours avec vous, mais vraiment j'ai pitié et de vous et de moi. Ce bavar- dage vous fatigue et m'ennuie. Trêve d o n c , trêve aux mots. Je me tais. Mais pour excuse à mon interminable pot- pourri me sera-t-il permis d'ajouter que dans un siècle où l'on voit pulluler tant de niaises histoires, tant de r o m a n s narcotiques, tant de drames à vous étouffer, au milieu de ce déluge universel de petits vers, et de grands feuilletons, quel- ques pages ennuyeuses de plus doivent être pardotmees ; et p u i s , j'ai voulu me venger : j'ai dit comme le poète : Semper ego auditor tanliim ! Quoi ! toujours écouler! et vraiment la vengeance était juste : jamais, en effet, on ne fut plus a s - sourdi qu'aujourd'hui par le bruit de la littérature. Nous sommes en proie à la manie d'écrire.