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ÉLOGE DE C. BONNEFOND. 187 Bonnefond s'était marié, et avait eu de cette union une fille qu'il chérissait. Le bonheur domestique dont il jouis- sait était pour lui plein d'attraits. Il ne trouvait pas de félicité plus grande que d'être chez lui près de sa jeune épouse et de sa fille bien-aimée. Bonnefond savait animer ces douces réunions de famille, où Vibert et quelques amis avaient leur place, par l'agrément d'un esprit naturel et des saillies heureuses. 1 avait rapporté de ses voyages et sur- 1 tout de son séjour à Rome une foule d'anecdotes qu'il redisait avec un charme inappréciable. 11 savait amuser tout ce qui l'entourait et récréer tout un salon par son inaltérable gaîté. Hélas ! le bonheur dont jouissait cette aimable famille ne devait pas être de longue durée. Déjà la santé de Bonnefond avait éprouvé quelques atteintes. Les soins touchants et la vigilance de sa jeune épouse avaient plus d'une fois conjuré le mal, mais le docteur avait fait pressentir le danger. Les choses étaient ainsi, lorsque son ami, son autre lui-même, Vibert, menacé aussi depuis longtemps, tomba dangereuse- ment malade. Bonnefond accourut avec sa famille. Les soins les plus intelligents et les plus empressés entourèrent celui qu'on aimait tant. On ne quitta plus sa chambre. Les mo- ments que Bonnefond ne donnait pas à l'école des beaux- arts étaient employés a soigner son ami. Ce furent deux mois d'affreuses appréhensions et d'un redoublement d'occupa- tions, car Bonnefond s'était de suite chargé de la classe de Vibert. Tant de soins, de fatigues et de peine furent impuissants; Bonnefond dut se résigner a perdre son meilleur ami. L'im- pression qu'il éprouva de ce triste événement fut terrible et ineffaçable : dès lors il se sentit seul. Cette triste préoccu- pation ne le quitta plus. Au sein de sa famille, dans le monde, a l'école des Beaux-Arts, a l'Académie, partout enfin il éprou- vait le même isolement.