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172               ALLOCUTION DU PRÉSIDENT.

lucidité merveilleuse, qui paraissait créer en se souvenant et
s'assimiler les temps, les hommes et les choses,pour fasciner
les esprits et populariser l'histoire; ailleurs, une éloquence
vibrante, pathétique, impétueuse, que le Barreau, la Tribune,
l'Académie se sont disputées avec orgueil, dont le courage
suffit à tous les devoirs, et le génie à toutes les gloires ;
partout les dons les plus variés, les élans patriotiques, la
dialectique entraînante, les harmonieuses images, la langue
de la politique comme celle de la philosophie, la langue de
la science comme celle des affaires, toutes parlées parleurs
 maîtres, ayant l'élite de la France pour auditoire, et le
 monde pour écho. Tel est le spectacle dont nous avons tous
 été les témoins, et dont le souvenir palpite encore dans
 toutes les mémoires.
    Et il n'y reste pas comme la trace éphémère d'une repré-
 sentation stérile; ces temps ont été féconds, car ils ont
 donné à la France un tiers de siècle de paix et de liberté,
 que rien n'a surpassé et que rien n'effacera dans son his-
 toire. D'importants progrès se sont accomplis , de plus
 nombreux s'étaient préparés, mais il est dans la destinée
 des gouvernements représentatifs d'avancer lentement et
 sûrement. Les pouvoirs tempérés vivent de transactions,
 ménagent les intérêts, respectent les droits, comptent avec
 les résistances; l'impatience publique en murmure souvent ;
 le présent voit échapper quelquefois un bien que le lende-
 main réalise, mais on lui épargne des maux que l'avenir ne
 répare jamais.
    Ces temps ont laissé des habitudes de modération et de
 paix, qui survivront dans les mœurs aux vicissitudes des
 lois. Mais ils ont disparu dans la surprise d'un jour d'orage;
 puis, la tempête a paru se calmer, d'autres institutions
  sont venues; la tribune n/est plus; la grande voix du barreau
  n'est pas éteinte, mais elle a perdu au dehors ses plus