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72                        BIBLIOGRAPHIE.
quatre de leurs acteurs surpassent tous les nôtres : mais personne
ne va là si ce n'est les nuits à la mode, alors on s'y rend, que la
pièce soit bonne ou mauvaise, hors les soirées données à Molière,
dont les pièces sont fastidieuses. Gray et m o i , nous étions cette
nuit à l'Avare, comédie que je ne saurai louer en aucune manière.
La nuit précédente , je me suis rendu sur la place Louis-le-
Grand (octogone régulier, uniforme, dont les maisons sontbelles
quoique moins grandes que celles de Golden square) pour voir
ce qu'ils appellent un des plus beaux enterrements qui se soient
faits en France, celui du duc de Tresmes, gouverneur de Paris
et maréchal de France. On s'est rendu à pied de son palais à sa
paroisse, et de là en voiture à l'autre extrémité de Paris, pour
l'enterrer dans l'église des Célestins , où se trouve le caveau de
sa famille. Une semaine environ auparavant,nous avions vu creu-
ser la fosse, comme nous allions visiter l'église, qui est vieille et
petite, mais plus remplie de beaux monuments anciens qu'au-
cune , à l'exception de St-Denis , plus belle que Westminster ,
avec des fenêtres peintes en mosaïques, et des tombes aussi neuves
et aussi bien conservées que si elles étaient d'hier. Dans l'église
des Célestins se trouve une colonne votive élevée à François I I ,
sur laquelle une inscription assure l'immortalité à ce prince,
pour avoir été l'époux de Marie Stuart, martyre. Après cette
longue digression, je reviens à l'enterrement, qui était une fort
vilaine chose. Une longue procession de flambeaux et de frères,
sans plumes, ni trophées, ni bannières , point de chevaux con-
duits en main, d'écussons, de carrosses découverts ; rien que des
moines blancs, gris et noirs, avec toutes leurs vieilleries.
   Cette pieuse cérémonie, commencée à neuf heures du soir, n'a
fini qu'à trois heures du matin ; ear on s'arrêtait à chaque église
pour chanter et répandre de l'eau bénite. Par parenthèse , les
moines choisis pour veiller le corps, tandis qu'il était exposé, s'en-
dormirent une nuit, les cierges mirent le feu au riche manteau de
velours fourré d'hermines et semé de fleurs de lis d'or , fondirent
le cercueil de plomb et brûlèrent les pieds du mort avant qu'ils
ne fussent réveillés.
     Le Français aime l'ostentation , mais la mesquinerie règne